Comment Ventura et l'Italie en sont arrivés là ?

Arrivé il y a exactement un an et demi sur le banc de la sélection italienne, Giampiero Ventura va diriger ce soir son seizième match en tant que sélectionneur. Le plus important assurément d’une carrière riche en matchs (+700 rencontres) et pauvre en expérience de haut niveau (seulement 12 matchs d’Europa League à son actif). Critiqué depuis plusieurs semaines et davantage depuis vendredi soir, Ventura est à coup sûr responsable du marasme actuel. Toutefois, il n’est pas le seul coupable. Focus sur la période la plus trouble du football italien depuis près de 60 ans.

Giampiero a dirigé plus de matchs de Serie B (328) que de Serie A (276). Crédit photo : AFP PHOTO / Jonathan NACKSTRAND
Giampiero a dirigé plus de matchs de Serie B (328) que de Serie A (276). Crédit photo : AFP PHOTO / Jonathan NACKSTRAND

Une erreur de casting

Si le pedigree d’un coach n’a jamais qualifié à lui tout seul une équipe, le charisme et l’aura peuvent parfois réaliser des miracles auprès d’un groupe de joueurs. On pense naturellement à la Grèce de 2004 qui n’avait en son sein qu’une poignée de bons joueurs mais un coach emblématique capable de transcender son groupe. Ventura n’a rien de comparable avec cette description. Décrit comme un “Professeur du foot” par le président de la fédération Carlo Tavecchio, il a pour réputation de bien faire jouer ses équipes et surtout de faire confiance aux jeunes. Un point capital aux yeux des décideurs…

Un profil adéquat

Depuis 2016, l’Italie vit une vraie transition générationnelle dans sa propre sélection. Entre les vieux (Buffon, Barzagli, Chiellini ou De Rossi) et les jeunes pousses (Insigne, Verratti, Jorginho, Bernardeschi) la cohérence n’est pas évidente à trouver. Lorsqu’Antonio Conte a décidé de ne pas poursuivre après l’Euro en France, il y a eu très peu de candidatures pour le poste de sélectionneur. Seuls Giampiero Ventura (Torino) et Gigi De Biasi (Albanie) ont postulé. Deux profils intéressants mais pas charismatiques et très loin des Conte, Prandelli, Lippi etc… Face à cette pénurie, le président Tavecchio a misé sur l’expérience de Ventura avec les jeunes. Après tout, c’est lui qui a mis au sommet Belotti ou Immobile aux postes d’avant-centre et qui a fait exploser Darmian en milieu latéral…

Une idée tactique déroutante

A sa prise de fonction, Giampiero Ventura décide que la Nazionale doit évoluer en… 4-2-4 ! Si l’idée parait ambitieuse et originale, le nouveau sélectionneur entend s’appuyer un travail intense de ses joueurs de coté et de son milieu de terrain pour pratiquer un football total. Même si l’Italie a travaillé son rapport au “catenaccio” et aux réflexes défensifs automatiques, cela paraissait particulièrement osé de tenter d’imposer ce style de jeu. Conscient que son idée allait mettre du temps à être acceptée de tous, il a débuté en 3-5-2 ses premiers matchs. Défaits en amical face à la France, les italiens arrachent un nul face à l’Espagne 1-1 et une victoire aux forceps face à Israël et la Macédoine avec le système de jeu de Conte.  Souhaitant ne pas déstabiliser ses cadres, il n’installa officiellement son 4-2-4 qu’en novembre 2016 face au Liechtenstein pour une victoire 4-0. Pour aussitôt l’enlever trois jours plus tard en amical face à l’Allemagne. Si les résultats suivaient (10 points sur 12 possibles et une place en tête du groupe partagée avec l’Espagne), beaucoup s’interrogeaient sur le réel poids de Ventura dans les choix tactiques…

La claque de Bernabeu

Après le nul face à l’Allemagne 0-0 à San Siro, la Nazionale enchaîne quatre victoires face à l’Albanie et le Liechtenstein en officiel et contre l’Uruguay et les Pays-Bas en amical. Focalisé sur le match retour face à l’Espagne, Ventura multiplie les déclarations optimistes sur ce match. Positionnée le 2 septembre sur le calendrier, cette rencontre va s’avérer décisive sur divers aspects. Face à une Roja disposée en 4-3-3, le sélectionneur a aligné son alléchant 4-2-4 avec Candreva et Insigne sur les cotés, Verratti et De Rossi à la récupération et le duo Immobile-Belotti devant. Logiquement, l’Espagne s’est régalée et a infligé un cinglant 3-0 aux hommes de Ventura. Malgré une meilleure possession de balle (52-48 pour l’Italie) et autant de tirs cadrés (4) que les espagnols, l’Italie n’a jamais réellement inquiété l’Espagne. Techniquement il y avait deux classes d’écart et tactiquement un gouffre a séparé les deux sélections…

Un réveil difficile

Depuis cette défaite (la première en éliminatoires depuis France-Italie (3-1) de 2006), les italiens font peur à voir jouer. Vainqueurs dans la douleur face à Israël (1-0), ils n’ont pas pu faire mieux qu’un 1-1 face à la Macédoine à Turin. Fébriles dans le jeu et de nouveau alignés en 4-2-4, ils n’ont réussi à l’emporter en Albanie qu’en fin de match 1-0 contre une équipe déjà éliminée… En zone mixte après le nul catastrophique face à la Macédoine, Gigi Buffon confiait que “quelque chose s’est cassé à Bernabeu”. Si tout le monde le ressentait au stade ou devant sa télé, le fait que le capitaine l’exprime publiquement révélait au grand jour le mal-être de cette Nazionale. Tete de série du barrage en compagnie de la Croatie, le Danemark et la Suisse, l’Italie a hérité du pire tirage possible en tombant sur la Suède. Néanmoins, face au 25ème au classement FIFA l’Italie reste favorite. Sur le papier…

Un match aller catastrophique

Face à un adversaire qui joue avec ses qualités, l’Italie a souffert durant tout le match aller. Perdu dans ses schémas tactiques, Ventura a voulu se rassurer avec le 3-5-2. En alignant la BBC et un milieu très fourni (De Rossi, Verratti et Parolo), la Squadra Azzurra n’a jamais réussi à prendre le jeu à son compte intelligement. Si les italiens peuvent se réfugier derrière certaines décisions arbitrales ou sur le manque de chance suite au poteau de Darmian ou à la tete de Belotti à 10 cm du cadre, le contenu entrevu vendredi soir était bien trop pauvre pour esperer autre chose que le 1-0 du coup de sifflet final. Allumé depuis la fin de la rencontre, Ventura a semblé completement dépassé vis à vis des critiques émises sur le niveau de jeu de son équipe. En pointant son mauvais coaching, notamment le remplacement de Verratti par Insigne poste pour poste (oui, oui…) et l’entrée d’Eder à la place de Belotti, les médias ont tenté d’avoir des réponses. Mais le selectionneur a préféré s’attarder sur “la malchance de l’Italie” et des “décisions surprenantes de l’arbitre”. Des propos dignes d’un supporter et non d’un sélectionneur…

Et maintenant ?

Malgré un contexte difficile et une tache compliquée par cette défaite 1-0, l’Italie reste capable de renverser la tendance. Même si la génération actuelle ne recense plus de “fuoriclasse” comme pouvaient l’être Baggio, Del Piero, Totti ou encore Pirlo, il y a de la qualité dans cet effectif. De la défense historique Buffon, Barzagli, Bonucci et Chiellini en passant par De Rossi, Insigne, Immobile, Candreva, Belotti, il parait incroyable que cette sélection ne participe au Mondial. Dans un San Siro où la Nazionale n’a jamais perdu en 42 rencontres officielles, l’Italie va tenter de remonter une situation bien périlleuse face à un adversaire qui n’a jamais été aussi confiant. Si l’issue de ce match retour était négative pour les italiens, Ventura partira à coup sur. Il est probable que même en cas de victoire, il ne mène pas l’Italie au Mondial en juin prochain. Outre sa situation personnelle, Ventura a entre les mains une partie du destin d’une patrie qui n’a plus connu une élimination post-Mondial depuis 1958…

Si les derniers échos font état d’une composition initiale en 3-5-2 avec un improbable duo Immobile-Gabbiadini en pointe, l’ambiance est pesante à quelques heures du coup d’envoi en dépit du soutien énorme des tifosi. Il faut dire que ce soir la Nazionale joue plus qu’un simple barrage, elle joue avec son histoire…

 

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