Souvenez-vous : Johan Cruyff, le voltigeur hollandais

Johan Cruyff est décédé aujourd’hui à Barcelone des suites d’un cancer. A 68 ans, il emporte avec lui un palmarès éloquent et une philosophie propre au joueur et à l’homme qu’il était. Surnommé le “Hollandais volant”, Cruyff a révolutionné le football par sa vivacité, ses dribbles et le football total, qu’il pratiquait parfaitement. Retour sur la carrière de joueur et d’entraîneur d’une légende immortelle. 

Fils de maraîcher, Johan Cruyff est un pur produit de la formation de l’Ajax Amsterdam. Durant son enfance, le jeune Johan habitait en face de l’antre de l’Ajax : le Stadion de Meer. Une coïncidence loin d’en être une tant il a porté le club de sa ville au sommet du football. Malheureusement, c’est la mort tragique de son père lorsqu’il a 12 ans qui va pousser sa mère, alors femme de ménage du club, à l’inscrire. Le jeune Johan va vite s’imposer dans les catégories de jeunes, jusqu’à signer son premier contrat professionnel, en 1963.

AJAX AMSTERDAM : LE FOOTBALL TOTAL (1964-1973)

Johan Cruyff débute son premier match à l’âge de 17 ans, l’occasion pour lui d’inscrire déjà son premier but, face à Groningue. Il faudra attendre la saison suivante pour le voir exploser dans le championnat néerlandais. A 18 ans, Cruyff montre déjà des facilités déconcertantes et marque 25 buts en 23 rencontres. Cela permet à l’Ajax de s’imposer en championnat, une habitude que va prendre le club puisqu’il s’imposera par six fois en l’espace d’une décennie. Sous les ordres de Rinus Michels, l’Ajax est transformée. Elle pratique un jeu jamais vu encore dans ce sport : le football total.

Johan Cruyff est l’incarnation de ce football total. Capable d’enchaîner les allers-retours entre la défense et l’attaque, Cruyff est la pierre angulaire du système de Rinus Michels. Permettant un football offensif et spectaculaire, le football total correspond parfaitement à la philosophie d’un Cruyff voulant révolutionner la manière de jouer. Et cela réussit plutôt bien à l’Ajax puisque lors de la saison 1966-1967, Johan Cruyff et son coéquipier Piet Keizer inscrivent 122 buts à eux deux, raflant au passage le doublé Coupe-Championnat. Amsterdam est au sommet des Pays-Bas mais son football est encore à perfectionner. Il faudra patienter quelques saisons avant de le voir au sommet de son art, et de l’Europe.

C’est en 1969 que Johan Cruyff et son football total éclabousse le gratin européen. Mais la première n’est pas la bonne, et l’Ajax s’incline en finale de la Coupe des Clubs Champions face au Milan AC, devenant tout de même le premier club néerlandais à arriver à ce stade de la compétition. Cet acte manqué est rattrapé deux ans plus tard, suite à une victoire en finale face au Panathinaïkos (2-0). Entre ces deux finales, le Hollandais volant a troqué son numéro 9 pour le 14, qui deviendra plus qu’un numéro. L’Ajax d’Amsterdam vit son premier âge d’or, avec un doublé, puis un triplé en C1 (face à l’Inter Milan et la Juventus). Le tout malgré le départ de son entraîneur en 1971. Invaincue à domicile durant ces trois campagnes européennes, l’Ajax aura inscrit 34 buts pour seulement trois encaissés. Une machine de guerre. Johan Cruyff quitte son Ajax natal pour le FC Barcelone, entraîné par l’ancien de la maison, Rinus Michels. Avec Amsterdam, Cruyff est devenu l’un des meilleurs joueurs du monde, inscrivant 253 buts en 318 matchs, ce qui lui vaudra son premier ballon d’or, en 1971.

FC BARCELONE : LA LÉGENDE CATALANE (1973-1978)

Il faut reconnaître qu’avec le FC Barcelone, Johan Cruyff a été plus couronné en temps qu’entraîneur que joueur.  Pourtant, la pression est énorme à son arrivée. Barcelone ne s’est plus imposé en Liga depuis 1960 dans une période difficile marquée par le franquisme. Néanmoins, Johan Cruyff confirme son statut de meilleur joueur européen et permet au club catalan de remporter son neuvième titre sur la scène nationale. Fait symbolique : la victoire contre le rival madrilène à Bernabéu5-0.

Malgré ce maigre palmarès en cinq ans, Johan Cruyff incarne la liberté d’un pays sous dictature. Dès son arrivée, il justifie son choix vis-à-vis du Real Madrid, contrôlé par Franco. Cela lui vaudra d’être apprécié par les socios catalans, le surnommant “El Salvador” (le Sauveur). Cruyff est plus qu’un footballeur en Catalogne, il est le symbole d’une liberté interdite. Appelant son fils Jordi, un prénom catalan, il ne craint pas de montrer sa prise de position, comme lorsqu’il dédicace une photo aux 113 membres emprisonnés de l’Assemblée de Catalogne. Un véritable Dieu, en somme. Il quitte le club sur une deuxième victoire, cette fois en Coupe du Roi. Pensant terminer sa carrière à 31 ans, le génie hollandais va se faire rattraper par le fisc espagnol, qui va le pousser à reprendre aux Etats-Unis avant de terminer définitivement dans le pays qui l’a vu connaître : les Pays-Bas.

UNE FIN DE CARRIÈRE CHEZ L’ENNEMI (1979-1984)

Après s’être exilé deux ans aux Etats-Unis, Johan Cruyff part en direction de Levante en D2 espagnole. Il ne joue que l’espace de plusieurs mois, avant de revenir au point de départ, à l’Ajax. A 34 ans, Cruyff est loin d’être fini, ajoutant un titre de champion à son palmarès déjà bien rempli. Néanmoins, ce n’est pas à l’Ajax qu’il boucle la boucle mais chez l’ennemi, le Feyenoord Rotterdam. En effet, malgré une saison à 14 buts, l’Ajax n’a pas souhaité renouveler son contrat. Ce choix le mettra dans une grosse colère, le poussant à jouer avec le maillot détesté par son équipe formatrice. Et si l’adage “ne jamais énerver une légende” n’existe pas, Cruyff aurait pu l’inventer, s’imposant pour la dernière fois sur le territoire national avec un doublé Coupe-Championnat. L’histoire voudra que le voltigeur hollandais marque sur son dernier match, 20 ans après son premier but, inscrit lors de sa première rencontre professionnelle.

AVEC LES PAYS-BAS : UNE COUPE DU MONDE ET PUIS S’EN VA 

L’histoire entre Johan Cruyff et la sélection hollandaise aurait pu être plus belle. Débutant un soir d’octobre 1966, l’histoire avait bien commencé, Cruyff marquant dès son premier match face à la Hongrie. Malheureusement, suite à un carton rouge reçu face à la Tchécoslovaquie, la fédération décide de suspendre le joueur de l’Ajax pendant un an. Il faudra attendre un peu moins de dix ans avant de revoir Cruyff souhaitant s’imposer avec les Oranje. La Coupe du Monde 1974 aurait pu être la bonne. Cependant, les Pays-Bas échouent en finale, face à la RFA de Franz Beckenbauer. La désillusion est grande pour le peuple orange, tant sa sélection a dominé la compétition par son football total. Le rêve s’effondre et sa présence à la Coupe du Monde 1978 sera entachée par une tentative d’enlèvement dans son propre domicile, peu avant la compétition. Le joueur hollandais n’a plus la tête au football et ne peut pas rejoindre ses coéquipiers en Argentine. Il décide de prendre sa retraite internationale, cette agression l’empêchant d’aller chercher cette Coupe du Monde qui lui manque tant dans son palmarès. Son bilan reste tout de même impressionnant avec 33 buts en 48 sélections.

ENTRAÎNEUR : L’AJAX PUIS BARCELONE (1985-1996)

En tant que manager, Johan Cruyff n’a connu que deux clubs : l’Ajax Amsterdam et le FC Barcelone. Après avoir appris au Feyenoord, le nouveau manager reprend les rênes de son club formateur, au plus grand plaisir des supporters néerlandais. Dans son sillage, il apporte une nouvelle énergie à un club dans le déclin depuis son départ en tant que joueur. Ses tactiques offensives fonctionnent mais le titre lui échappe au profit du PSV Eindhoven. Finalement, il décide de partir vers une destination qu’il connait bien : le FC Barcelone.

A Barcelone, Johan Cruyff veut faire revivre le football total qu’il a connu avec Rinus Michels. Progressivement, son équipe se construit autour de jeunes catalans comme Josep Guadiola et de joueurs reconnus à l’époque comme Romário. Sa volonté offensive prend forme pour aboutir à la fameuse Dream Team. L’ère du Real Madrid se termine pour faire place au jeu spectaculaire et ambitieux des catalans. Une Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe en 1989, une Coupe du Roi l’année suivante, puis un premier titre, enfin, de champion d’Espagne en 1991. Cette montée en puissance sera suivie d’une confirmation, avec un second titre de champion, et d’une consécration, suite à la victoire en Coupe des clubs champions européens face à la Sampdoria.

Jusqu’à la fin de son mandat, en 1996, Johan Cruyff aura remporté onze trophées en huit saisons, faisant de lui l’entraîneur le plus titré de l’histoire du club, à l’époque. Par la suite, l’ancien hollandais volant continuera d’être proche du football, sans être au bord, ni sur le terrain.

Johan Cruyff était plus qu’un joueur de football. Il était une icône. Encore aujourd’hui, il est considéré comme le meilleur joueur qui ait pu évolué aux Pays-Bas. Dribblant tout sur son passage, le voltigeur était un cauchemar pour les défenses qui ne pouvaient l’arrêter que par la faute. Son endurance, malgré sa dépendance à la cigarette, et sa polyvalence (pouvant jouer milieu de terrain, ailier ou attaquant), ont fait de lui une légende, avec trois ballons d’or à son actif. Cruyff a révolutionné le football à lui tout seul, faisant de lui, le premier joueur du football moderne. 

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