Portrait : Juan Román Riquelme, le virtuose incompris du football Argentin

Une qualité de dribble semblable à celle de Ronaldinho, l’audace à l’entrée de la surface de Steven Gerrard, et l’amour pour sa terre natale comme l’a Di Natale… Juan Román Riquelme est plus qu’un simple milieu de terrain, il est le dernier vrai numéro 10 qu’a connu le football. Si l’homme de 37 ans n’a pas à rougir de sa carrière, son palmarès aurait pu être bien plus étoffé si certains de ses choix avaient été autres. Retour sur le parcours hors-norme d’un petit génie. (*Bonus en fin d’article)

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C’est le 24 juin 1978 que naît la petite pépite Argentine. Sous le soleil chaud d’Amérique du sud, le résidant du modeste quartier San Fernando du Grand Buenos Aires fait ses premiers pas balle aux pieds dans sa cour d’école. Très rapidement il impressionne ses camarades, mais surtout les adultes qui s’intéressent de près au football. JR intègre alors l’Asociación Atlética Argentinos Juniors, premier club également de la légende Diego Maradona. Après des débuts tonitruants, il s’impose comme milieu de terrain axial de l’équipe réserve.

Boca Juniors, le début d’une histoire d’amour 

À seulement 18 ans, Riquelme rejoint Boca Juniors après que Carlos Bilardo (ancien entraîneur de la sélection Argentine) ait convaincu le président de recruter le minot. Nous sommes alors en 1996, et le milieu devient en quelques semaines seulement un titulaire indiscutable, aux côtés d’un certain… Diego Armando Maradona.  Très rapidement, le jeune Riquelme remporte des distinctions personnelles, comme la “Revelación Clarín en Fútbol de Primera División” en 1997 ainsi que la distinction de meilleur joueur du Torneo Clausura Argentin en 1999.

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L’année 2000 est pleine d’émotions pour l’Argentin. Avec Boca, il remporte la Copa Libertadores ainsi que la Coupe Intercontinentale face au Real Madrid. C’est réellement lors de ce match qu’il se révèle aux yeux du monde entier, rendant un certain Claude Makelele fou, de par ses dribbles imprévisibles et sa vision du jeu hors norme. JR finira couronné du titre de Meilleur joueur sud-américain de l’année 2001 après avoir remporté une nouvelle Copa Libertadores. Sa carrière est alors définitivement lancée, et l’Europe est à ses pieds.

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Après de merveilleux sacres (trois fois champion d’Argentine, double vainqueur de la Copa Libertadores et victorieux de la Coupe Intercontinentale), Juan Román voit sa carrière prendre un tournant.

Un passage express au Barça, puis une idole à Villarreal (2002 – 2007)

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Riquelme est bien à Boca, trop bien même. Mais les dirigeants du club ont besoin de renflouer les caisses et souhaitent donc vendre leur joyau. ‘Au revoir bonhomme, merci pour tout, bon vent en Catalogne (et à bientôt on l’espère…)’ ! C’est un petit peu le message qu’à reçu le principal intéressé, contre son gré.

À son arrivée chez les Blaugrana (2002), il retrouve un certain Louis Van Gaal comme entraîneur. Le Hollandais le fait jouer sur le côté gauche et non dans l’axe, la saison de l’Argentin est un véritable échec.

2003 : Nouveaux rebondissements pour le sud-américain. D’une part, c’est l’année de la prise de fonction de Frank Rijkaard à la tête de l’effectif Barcelonais, d’autre part, l’arrivée d’un certain… Ronaldinho. Avec un nombre conséquent de joueurs talentueux dans ses rangs, le club catalan décide donc de prêter Riquelme à Villarreal pour deux saisons.


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Dans le sous-marin jaune, la sauce prend immédiatement. Disons même que Riquelme en prend rapidement les commandes. C’est la renaissance après le coup de blues.  Entouré des pétillants Marcos Senna et Diego Forlán, le meneur de jeu fait à nouveau part de son génie, pour le plus grand plaisir des supporteurs.

Si sa vitesse n’était clairement pas son point fort, sa capacité à conserver le cuir était exceptionnelle. Récupération de balle, temporisation, dribbles, passes millimétrées, coups francs imparables… Voilà le rythme qu’imposait Riquelme aux équipes adverses, voilà le jeu qui faisait rêver les fans présents dans les tribunes. Juan Román est un meneur, le dernier vrai numéro 10 “à l’ancienne” qu’ait connu le football. En réussissant à stopper l’Argentin au milieu de terrain, les adversaires réussissaient à stopper tout Villarreal. Seulement, c’était plus facile à dire qu’à faire… Ses performances fantastiques lui ont d’ailleurs permis de déloger Zinédine Zidane du titre de meilleur joueur de Liga. Rien que ça !

Lors de la saison 2004 – 2005, emmené par son chef de bord, Villarreal se qualifie pour la première fois de son histoire à la Ligue des Champions grâce à sa 3ème place acquise. Le club Espagnol n’hésite pas une seule seconde, et achète définitivement Riquelme.

Ligue des Champions 2005 – 2006 : De la folie et l’espoir à la déception

Pour sa première édition en LDC, Villarreal est en feu. Après avoir terminé premiers de leur poule devant Benfica, Lille et Manchester United, Los Amarillos éliminent les Glasgow Rangers ainsi que l’Inter Milan afin d’accéder aux demi-finales.

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Face à Arsenal, Riquelme connaîtra l’une des plus grosses déceptions de sa carrière, en manquant un penalty à la 90ème minute du match retour. Un but aurait permis à son équipe de pousser les Gunners en prolongations (0-1, 0-0), mais le destin en a voulu autrement. Les hommes de Wenger se qualifieront donc pour la prestigieuse finale face au FC Barcelone, tandis que le peuple jaune regrettera à jamais ce tir au but manqué.

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Mais comment en vouloir à celui qui a permis à toute son équipe d’en arriver si loin dans la compétition ? Nous pourrions comparer cela à la glissade de Gerrard face à Chelsea après sa saison fantastique avec les Reds. Héros indiscutable, mais fautif malchanceux dans le dernier acte.

En 2006, alors que Sir Alex Ferguson veut le faire venir à Manchester United, le club Espagnol refuse et veut conserver son crack. Contre toute attente, il retourne à Boca Juniors en 2007 sous forme de prêt.

Retour à Boca Juniors, idole numéro 1 devant Diego Maradona (2007 – 2014)

Le joueur manque à son ancien club, qui fait tout pour le récupérer pour de bon. Ça tombe bien, JR est amoureux de Boca aussi. Un transfert record de 15 millions de dollars fait du milieu de terrain le joueur le plus cher du championnat Argentin. De retour au pays, il remporte deux fois le championnat et une nouvelle fois la Copa Libertadores.

Goal.com
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En 2008, il est élu idole numéro 1 des fans de Boca après un sondage réalisé auprès de 65 000 supporteurs. Il devance Diego Maradona, pour sa plus grande fierté.

2014 : retour aux sources et belle fin de carrière

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Alors que Boca Juniors tarde à lui soumettre une offre de prolongation de contrat, Riquelme décide de poser à nouveau bagage dans son tout premier club, les Argentinos. Devant une foule en délire, il est présenté comme le grand revenant, 18 ans après son départ. Après avoir disputé 18 matchs et inscrit cinq buts avec ses “nouvelles” couleurs, l’emblématique milieu de terrain annoncera mettre fin à son admirable carrière en janvier 2015, à l’âge de 36 ans.

« C’est un jour important car j’ai pris la décision, après analyse de la situation et la montée avec Argentinos, de ne plus jouer au football. Après avoir vécu tous mes rêves avec Argentinos et Boca Juniors, il me semble que c’est le meilleur moment »

En sélection, des performances remarquables, mais un seul véritable coup d’éclat

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Tout commençait merveilleusement bien en sélection pour le joueur, avec la victoire de la Coupe du Monde des moins de 20 ans en 1997. Avec Cambiasso et Samuel, ils formaient un trio qui représentait la jeunesse dorée Argentine.

Par la suite, sa participation à la Coupe du Monde 2006 fut éclatante, mais le milieu ne participe pas au quart de finale face à l’Allemagne. Il terminera tout de même meilleur passeur de la compétition. En 2007, il réalise une Copa América de toute beauté, et permet à ses coéquipiers d’atteindre la finale, inscrivant cinq buts et délivrant cinq passes décisives.

Cependant, le plus grand moment de Riquelme avec l’Albiceleste reste sans aucun doute la médaille d’or obtenue aux Jeux Olympiques de Pékin 2008.

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Vous l’aurez compris, Riquelme aura vécu une carrière pleine d’émotion. Entre coups d’éclats, espoirs, confirmations et amertumes, certains de ses fans restent sur leur fin quant à ses choix de carrière. Oui, il aurait pu devenir un élément indispensable du Barça, il aurait pu continuer sa carrière en Europe plutôt que de retourner à Boca Juniors, il aurait pu briller sur les pelouses anglaises et devenir essentiel et indispensable à sa sélection… Mais après tout, l’amour du maillot est quelque chose qui se perd de plus en plus, et sa flamme pour Boca était bien trop scintillante.

Bien que son palmarès aurait pu être plus étoffé, celui-ci est amplement suffisant pour que l’on reconnaisse le talent hors norme du joueur qu’il était. Son génie s’est illustré sur les pelouses, son nom est désormais ancré dans nos consciences. Comme grand nombre de sud-américains, Riquelme a commencé à jouer au football avec passion sur des terrains délabrés, et son caractère féroce lui aura permis de se forger une vraie personnalité. En attendant, le monde du football espère voir éclore son successeur, autrement dit un meneur de jeu avec un rythme latino de faux lent. Un mec qui joue axial, dribbleur, et qui oriente le jeu pour les autres. Riquelme, l’homme qui embrassait le ballon avant chaque coup franc ou penalty, manque déjà au football. Mais le monde du football peut déjà lui dire une chose : MERCI

Jean-Romans Gaudriot.

*Bonus :

I] Les compliments des personnalités du football sur Juan Román

“Dans le football Argentin, il n’y en a qu’un seul qui joue un vrai football, et c’est Riquelme.” Steven Gerrard

“Lors de mon dernier match avec le Real Madrid, j’ai échangé mon maillot avec lui. Un grand numéro 10, merci Román.” Zinédine Zidane

“Riquelme m’a montré que le football, c’était facile. J’ai eu beaucoup de chance de jouer à ses côtés, j’ai toujours voulu jouer comme lui.” Robert Pirès

“Je m’entendais très bien avec Riquelme, je voudrais qu’il soit toujours dans mon équipe.” Diego Forlán

“Mes idoles ? Riquelme et Ronaldinho.” Paulo Dybala

“Un grand joueur qui quitte les terrains. Un plaisir de jouer avec toi, partenaire.” Ronaldinho

“Román est un footballeur venu d’une autre galaxie, un joueur de classe mondiale qui porte toujours l’équipe. C’est un plaisir de jouer avec lui.” Alessio Tacchinardi

Riquelme Ronaldinho

II] Ses distinctions personnelles :

– Élu Revelación Clarín en Fútbol de Primera División en 1997

– Élu meilleur joueur du Festival International Espoirs de Toulon en 1998

– Élu Meilleur Joueur du Torneo Clausura Argentin en 1999

– Élu Meilleur Joueur du Torneo Apertura Argentin en 2000

– Élu Membre de l’America’s Ideal Team of the Year en 1999, 2000 et 2001 (El País)

– Reçoit l’Olimpia de Plata du Meilleur Joueur Argentin en 2000 et 2001

– Élu Meilleur joueur sud-américain de l’année : 2001 et 2008

– Élu MVP de la Finale de la Copa Libertadores en 2001 et 2007

– Élu Meilleur Joueur Étranger du Championnat Espagnol (Prix Don Balón) 2004/05

– Meilleur Passeur de la Coupe du Monde FIFA 2006

– Élu joueur le plus populaire de l’histoire de Boca Juniors (2008)

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