Pourquoi le mercato n'a-t-il plus aucune saveur ?

Le mercato n’est plus que l’ombre de lui-même. L’overdose d’informations déjoue l’effet de surprise, lui-même décrédibilisé par des sommes ahurissantes. Le tout assaisonné avec quelques destinations exotiques à vous arracher les cheveux, et vous obtenez un feuilleton pâle et prévisible.

Le mercato, c’est un peu comme une version sportive de Plus belle la vie. On suit quelques personnages clés à droite, à gauche, pour au final apprendre ce que l’on nous annonce depuis plusieurs semaines. On sait que Cindy va mourir depuis une bonne dizaine d’épisodes, on attend juste de savoir quand et comment. Dans le football, c’est pareil : on sait désormais depuis une bonne semaine qu’Alexandre Lacazette va rejoindre Arsenal, on attend simplement l’officialisation et à la rigueur le prix du transfert. Une fois fait, on se re-consacre au personnage de Verratti, mis de côté depuis plusieurs épisodes, qui conserve néanmoins un quelconque intérêt entre Paris et Barcelone.

Bref, le mercato n’est devenu qu’une succession d’événements prévisibles et sans saveur. Il faut dire que l’avancement des dossiers est tellement scruté par la presse, que la moindre information susceptible d’intéresser la communauté est massivement partagée. Les médias font leur boulot. Les fans jouent les insatiables. Les joueurs s’amusent avec les réseaux sociaux. Et le tout offre un capharnaüm indigeste sans aucun charme.

Le bras de fer entre Marco Verratti et les dirigeants parisiens est l'une des rares distractions du mercato.
Le bras de fer entre Marco Verratti et les dirigeants parisiens est l’une des rares distractions du mercato.

La course à la spéculation

“On en parlait depuis plusieurs jours, c’est désormais officiel”. Voici la phrase symbolique du mercato qui prend source dés les prémices de juin. Les rumeurs ont tué le mercato, lui ont retiré toute son excitation.  Quelques uns diront “ce sont les médias qui font les spéculations”, mais c’est pourtant faux. En réalité, ce sont les fans. Si personne ne lisait les rumeurs transferts, les médias ne seraient pas contraints à en faire. Alors, évidemment, ils en surjouent, mais pour le plus grand bonheur de la communauté football qui ingurgite ces infos sans en laisser une miette.

Les fans parlent au conditionnel, relatent les incohérences. Une journée sans média et tout n’est plus qu’illusion : hier, Pepe devait signer au PSG, il est aujourd’hui au Besiktas. Les journaux sportifs suivent à la trace l’évolution des dossiers. Tout d’abord, le joueur se trouve au cœur des rumeurs. Puis, l’une d’elle s’intensifie, l’information étant appuyée par la rencontre avec des dirigeants ou quelques fuites dans l’entourage. Enfin, un accord est annoncé entre tous les partis. Et alors que le joueur exhibe son néo-maillot, des centaines de montages ont déjà été faits, et les fans n’attendaient que le générique de fin pour changer d’épisode.

Plus que dans n’importe quel sport, les footeux sont friands de rumeurs en tout genre. La NBA par exemple, même corrompu jusqu’à la moelle par un business dantesque, maintient une certaine forme de surprise à l’annonce des “trades”. Comment ? Personne semble être capable de le dire, mais quelques intuitions laissent présager une discrétion plus intense dans les dossiers. Les papiers se font en coulisse, et l’annonce n’advient uniquement lorsque les clubs le décident. Au moins, on ne pourra pas reprocher au foot son manque de transparence.

Dans les mains du business

20 millions par-ci, 50 millions par-là. Les sommes sont tellement immenses que personne ne peut réellement se rendre compte de l’enjeu qu’elles incluent. “Seulement 10 millions pour lui ?” s’insurge un fan dans les commentaires. Mais pouvons-nous, ne serait-ce que marquer une pause pour appréhender ce que représente 10 millions d’euros pour un citoyen lambda ? Chaque jour, des records de salaire, de transfert tombent. Des sommes à l’époque exceptionnelles deviennent monnaie courante. Les 75 millions d’euros investis par le Real Madrid pour Zinédine Zidane, alors meilleur joueur du monde en 2005, sont égalés quotidiennement par des minots de 17, 18 ans.

En annonçant qu'il ne prolongeait pas, le jeune gardien milanais idolâtré s'est mué en énième marionnette financière du ballon rond.
En annonçant qu’il ne prolongeait pas, le jeune gardien milanais idolâtré s’est mué en énième marionnette financière du ballon rond.

Cette jeunesse est, par ailleurs, propulsée dans un monde nauséabond. Que dire de Gianluigi Donnarumma, 18 ans, tenu par les ficelles de Mino Raiola, le businessman le plus prolifique du football moderne ? Couvert de dollars par des supporters alors qu’il est à peine majeur, le portier italien reflète à merveille une génération pervertie. Les fans s’en agacent, l’amour du maillot n’existe plus, il est masqué par la quête financière et, parfois, quelques envies de remplir le palmarès. Un autre argument qui vient appuyer le désamour entre fans et mercato. Issu d’une classe initialement populaire, le football ne masque plus sa facette business, et une fracture profonde clive le monde professionnel de ceux qui le supporte.

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