Interview : « La France est un peu la bourgeoisie qui veut accéder à la noblesse. »

Duo inséparable sur Canal+ et dans la vie de tous les jours, Hervé Mathoux et Pierre Menès poursuivent cette belle tradition sur le jeu vidéo FIFA. Déjà présents sur le précédent opus, les deux voix du football français virtuel nous ont accordé une interview lors de la présentation officielle de FIFA 18. Entretien avec deux personnalités au caractère bien trempé.

FIFA 18
Qu’est-ce que cela vous fait d’être les voix du football français sur le jeu vidéo de sport le plus joué au monde ?

Pierre Menès (PM) : Je suis un joueur FIFA depuis de longues années donc on peut dire que c’est une consécration. Après, on ne va pas se mentir, ce n’est pas la chose la plus agréable à faire.

Hervé Mathoux (HM) : De mon côté, c’est différent car je ne suis pas un gros gamer. Mais j’ai envie de dire que c’est valorisant d’être la voix du, si je ne me trompe pas, premier produit culturel français. C’est du plaisir.
Comment se déroule l’enregistrement de vos commentaires ?
H.M : Parfois nous sommes ensemble, parfois, seul. C’est du texte sans image. On a quelques scènes d’après-match, de joie où on doit improviser sur des remises de coupe. On se tape 30-40 fois la même séquence de 2 minutes avec des clubs différents. Sinon le reste, c’est écrit, à blanc. Après, on a aussi eu le droit à quelques moments d’improvisations notamment lorsque l’on se chambre. Il faut rappeler que c’est un algorithme.
P.M : Le problème, c’est que le texte doit coller aux images. Les gens pensent qu’on a beaucoup de liberté mais c’est tout le contraire. Et puis les quelques phrases extravagantes comme « le losange en diamant » a vite gonflé les joueurs. En même temps, ils n’ont qu’à moins jouer ! On ne leur demande pas de faire 25 parties par jour (rires).
Que pensez-vous de l’eSport ?
P.M : J’avoue que l’ampleur du phénomène me dépasse un peu. Je ne comprends pas comment on peut être un professionnel du jeu vidéo et gagner sa vie avec ce dernier. Maintenant c’est la conséquence de l’entrée du jeu vidéo dans les foyers français.
H.M : Après l’eSport, ce n’est pas que le football même si après ça s’éloigne du domaine sportif. Je pense qu’on peut contester le statut de sport mais c’est sûr que c’est quelque chose qui prend.
P.M : Enfin quand tu fais 3-4 parties d’affilées, ça fatigue. Moi je ne peux pas. Après je suis une petite nature…
H.M : Oui tu es une petite chose fragile globalement (rires).

« Regret éternel »

Que ce soit à la télévision, en dehors ou sur FIFA, on sent cette complicité entre vous. Ce n’est pas trop dur d’associer travail et amitié dans le monde du journalisme ?

P.M : Ah non ! C’est même beaucoup plus facile et beaucoup plus agréable.
H.M : Les gens interprètent souvent les choses à leur manière. Par exemple, le week-end dernier, j’ai un peu cherché Pierre comme j’adore le faire. Au moment où on est parti en pub, il a dit « qu’est-ce qu’il est con ». Apparemment des gens ont entendu et sur les réseaux ont affirmé qu’on ne s’entendait pas, qu’on se détestait. Alors que pas du tout. On s’amuse de nos différences.
Si vous deviez décrire votre relation en trois mots ?
P.M : Amitié, sincère, éternelle.
H.M : Regret éternel (rires)
On a demandé aux membres de notre communauté quel était leur meilleur souvenir en tant que fan de football. On aimerait connaître les vôtres.
P.M : Moi sans hésiter, la finale de l’Euro des Bleus en 2000 à Rotterdam. Je m’occupais du « fait du match » à L’Equipe avec pour le coup, le but de Delvecchio. J’avais fini mon papier, fermé mon ordinateur. Je lève la tête et je vois Wiltord égaliser. Je n’ai jamais été aussi content de devoir retravailler.
H.M : Pareil pour moi. Ce jour-là j’étais au stade, derrière les buts dans un Kop. Ca faisait longtemps que je n’avais pas vu un match de ce point de vue-là. Quand Wiltord égalise, on y croit plus. Il y a également le fameux Clermont – PSG en Coupe de France.
P.M : Ouais enfin personnellement j’aurai préféré que Paris gagne parce que le lendemain, on a du bosser et parler de la crise au club.

« La France est un peu la bourgeoisie qui veut accéder à la noblesse. »

FIFA 188

Selon vous quels seront les 5 champions des 5 grands championnats cette saison ?

P.M : Paris, Barcelone, Manchester City, Bayern Munich, Juventus.
H.M : Paris, Barcelone, Manchester City voire Chelsea, Bayern Munich, Juventus.
P.M : Ce qui veut dire que tout le monde est d’accord et quand on dit qu’il n’y pas beaucoup de suspense en Ligue 1, il n’y en a pas forcément plus ailleurs. Hormis en Angleterre peut-être.
Quel est selon vous, le projet sportif le plus solide en France ?

P.M : Le projet le plus clair en France, c’est Paris.

H.M : Monaco a un projet clair aussi….
P.M : Acheter des joueurs pour les revendre, ce n’est pas un projet satisfaisant. Notamment pour les supporters monégasques. Il y a un jour où ça va s’arrêter, un jour où ils vont se tromper dans le recrutement. Alors que Paris même s’ils ont un budget illimité, le projet est plus cohérent.
H.M : Il y a plusieurs projets, plusieurs manières de faire. Nice a également un projet cohérent tout comme Lyon. Avec un mélange entre des joueurs formés au club, quelques stars. Il n’y a pas une seule manière d’y arriver et puis tous ces clubs ne veulent pas arriver au même point.
Pensez-vous qu’avec le temps, la France puisse rattraper le Top 4 européen à l’indice UEFA malgré l’instauration de la nouvelle réforme de la Ligue des Champions ?
P.M : Il faut qu’il y ait de nouveaux investisseurs du niveau des Qataris. Si les Chinois rachètent Bordeaux et les Saoudiens l’Olympique Lyonnais oui.
H.M : Après cela va être difficile avec la nouvelle réforme. On va dire quelle tend à favoriser les équipes déjà en place. Il y aura moins de clubs français dans ces compétitions donc fatalement, tu marques moins de points à l’indice UEFA. Cette réforme sert à figer les places. La France est un peu la bourgeoisie qui veut accéder à la noblesse.
Votre définition de La Beauté du Football ?
H.M : Pour moi, la beauté du football repose sur l’incertitude. Certes, il y a l’esthétique mais pour moi le numéro 1 dans le football, c’est l’incertitude.
P.M : De mon côté, c’est le ballon au sol. Plus le ballon est au sol dans une équipe plus je me régale.
Thomas Pain

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