Ligue 1 : Pourquoi le LOSC a commis une erreur en virant Bielsa

Débutée par un 3-0 flamboyant au milieu de l’été, l’aventure lilloise de Marcelo Bielsa s’est achevée sur un autre 3-0. Mais en défaveur du LOSC cette fois-ci. Entre ces deux rencontres, Marcelo Bielsa aura dirigé 14 fois le club nordiste. Soit tout juste un tiers de la saison 2017-2018. Si le résultat final est évidemment négatif puisque le club est 19ème au classement, il convient de véritablement prendre le temps d’analyser le passage d’El Loco dans le nord. Histoire de ne pas tomber dans le piège des partisans ou des anti Bielsa.

Un casting particulier

Marcelo Bielsa est un homme de terrain qui aime se concentrer uniquement sur ce dernier. Dans son monde idéal, chaque personnage doit avoir un rôle spécifique pour un seul et unique but : le collectif. Du préparateur physique en passant par le jardinier jusqu’au président, pas une tête ne dépasse dans l’imaginaire de Bielsa. Sans rentrer dans des considérations philosophiques, travailler avec l’Argentin nécessite un fonctionnement particulier. En nommant Jorge Campos comme directeur sportif quelques semaines avant de nommer Bielsa, le LOSC avait un ticket séduisant sur le papier. Un dénicheur de talents et un professeur. Toutefois, un certain scepticisme pointait son nez sur les chances de cohabitation des deux bonhommes aux visions du foot radicalement différentes. Malgré ces doutes, le duo a débuté sa collaboration houleuse avant même la reprise de la Ligue 1 en août.

Quelle tactique ?

Apôtre du jeu de possession, du jeu sur les cotés et de la verticalité, Marcelo Bielsa a toujours essayé de faire évoluer ses équipes selon ses préceptes. De la sélection argentine à l’Athletic Bilbao en passant par le Chili ou même l’OM, toutes ses formations ont ressemblé à un bloc très mobile, agressif à la récupération et forte dans les transmissions. Si ce style de jeu plaît énormément au public, il demande une débauche d’énergie supérieure à la moyenne.

Généralement, les joueurs adhèrent à cette méthode spécifique, non sans mal. On se souvient de Payet à l’OM ou de certains joueurs de l’Athletic Bilbao qui avaient exprimé un ras le bol sur les cadences de travail. Mais dans la globalité, les joueurs approuvent le style et la liste de ses anciens joueurs devenus disciples est devenue conséquente. Venu avec l’idée de faire ce qu’il sait faire dans le Nord, Bielsa n’a pas dérogé à ses principes de jeu.

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Un tâtonnement tactique

Avant le début de la saison, le coach lillois a exprimé sa satisfaction devant la qualité de son groupe. Si l’épisode De Préville reste le point noir de cette fin de mercato, il semble que ce départ soit plus l’idée du duo Campos-Lopez que de Bielsa. Orphelins de leur avant-centre, les lillois ont du improviser une solution car hormis Benzia, personne n’a le profil pour occuper la pointe de l’attaque. Une fois, ce problème évacué, Marcelo Bielsa a tenté de faire jouer son équipe en 4-2-3-1 le plus souvent (7 fois sur 14). Il aura tenté un schéma plus “bielsien” qu’à quatre reprises avec son fameux 3-3-3-1 ou 5-4-1 selon les visions du jeu. Pas adepte du 4-3-3, il l’a toutefois tenté une fois lors de la défaite face à  Amiens. Avec 13 buts inscrits et 20 encaissés en 14 matchs, le bilan est faible. Mais à nuancer.

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Des choix importants

Pour pallier le départ de De Préville, Bielsa a décidé de repositionner Nicolas Pepe dans l’axe. Ailier de formation, sa faculté à prendre les espaces et sa qualité de passes ont séduit l’Argentin. Adepte des attaquants mobiles qui participent au jeu, Bielsa a vu en l’Ivoirien son point d’appui offensif. Si Benzia aurait pu occuper cette place, El Loco le voit davantage comme un deuxième attaquant voire un meneur de jeu.

Muet durant ses premiers matchs, Pepe n’était pas pour autant mauvais sur la pelouse. Avec 1,3 passe clé par match et 86,7% de taux de réussite dans les transmissions, il est utile au collectif. En revanche, son apport devant les cages est trop faible (1,6 tir tenté par match). Logique pour un joueur habitué à coller la ligne de touche qui n’avait jamais marqué plus de 3 buts par saison. Acheté 10 millions l’été dernier, l’ancien joueur d’Angers restait sur trois buts sur les trois dernières rencontres…

Avec 18 dribbles réussis sur 28 et 13 duels gagnés de la tete, Pepe est le 3eme joueur le plus performant du LOSC en terme de duels remportés. AFP PHOTO / DENIS CHARLET
Avec 18 dribbles réussis sur 28 et 13 duels gagnés de la tête, Pepe est le 3eme joueur le plus performant du LOSC en terme de duels remportés. AFP PHOTO / DENIS CHARLET

Quelle place pour Thiago Maia ?

Champion olympique avec le Brésil de Neymar, Thiago Maia venait de terminer la saison avec son club formateur à la 3ème place du dernier championnat brésilien. Tous les indicateurs étaient au vert pour débarquer en Europe et tout casser dans la foulée. Aligné à tous les matchs (sauf à Guingamp où il était suspendu), il a joué la plupart du temps devant la défense. Si face à Troyes et Nantes, il est rentré en fin de match, Maia représente un titulaire indiscutable pour Bielsa.

Face à Bordeaux, lorsque l’Argentin tente sa défense à 5, il place le plus jeune des Thiago de l’effectif sur le coté gauche de la défense. Si l’inspiration laisse perplexe, cela sera un échec total car il sera exclu au bout de 32 minutes. Technique et doté d’une bonne vision du jeu, il manque encore de physique pour s’imposer définitivement. Aligné sur les cinq derniers matchs, il semblait monter en puissance à son poste comme le montre son taux d’interceptions par match 1,8 et son taux de passes réussies (82,2%) en hausse par rapport au début de saison.

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La déception El-Ghazi

Première recrue importante de l’ère Lopez, Anwar El Ghazi devait trouver au LOSC le tremplin idéal pour terminer son apprentissage du haut niveau. Gaucher pouvant évoluer sur les deux côtés, sa grande taille lui permet également de pouvoir exister dans la surface de réparation.

Fin techniquement, il est un vrai talent brut qui ne demande qu’à éclore. Buteur lors du 3-0 face à Nantes, il est le joueur qui prend le plus de risques dans le jeu. En dépit de 3 passes décisives, son taux de passe clé est égal à celui de Nicolas Pepe (1,3 par match) et il n’est que le 13ème joueur de l’effectif en termes de moyennes de passes réussies (81,1%). Quatrième joueur le plus utilisé, son bilan statistique comptable est trop faible pour un joueur acheté 7 millions d’euros. 1 but, 3 passes décisives en 14 matchs. Trop peu. Cependant, à l’instar de certains de ses coéquipiers, El-Ghazi semblait plus concerné et plus performant ces dernières semaines.

Avec seulement9 dribbles réussis sur 20 depuis le début de saison, El Ghazi est le lillois qui tire le plus (39 tirs en 14 matchs) AFP PHOTO / PHILIPPE HUGUEN
Avec seulement 9 dribbles réussis sur 20 depuis le début de saison, El Ghazi est néanmoins le lillois qui tire le plus (39 tirs en 14 matchs) AFP PHOTO / PHILIPPE HUGUEN

L’inconnue Bissouma

Véritable coqueluche du public lillois en seconde partie de saison lilloise, le Malien Yves Bissouma vit un début de saison contrasté. Si Bielsa l’a titularisé à huit reprises, il n’a jamais été aligné deux fois de suite au même poste. Tantôt milieu relayeur, tantôt latéral droit, il a aussi évolué au milieu à droite et en milieu défensif au coté d’Amadou lors de la suspension de Thiago Maia sur le terrain de Guingamp.

Moins en confiance et surtout moins décisif, il n’a donné aucune passe décisive ni même inscrit un but. Ses statistiques personnelles démontrent un énervement certain. Joueur le plus sanctionné (2,1 fautes par match), il est celui qui tacle le plus (2,8 tacles par match) mais aussi le milieu de terrain qui tente le plus de tirs par match (1,3). Envoyé en réserve pour les derniers matchs de Ligue 1, il symbolise la catégorie des joueurs favorables au départ d’El Loco.

Malgré 7 dribbles subis en 9 matchs, Yves Bissouma reste le lillois le plus agressif avec 18 fautes commises. AFP PHOTO / JEAN-SEBASTIEN EVRARD
Malgré 7 dribbles subis en 9 matchs, Yves Bissouma reste le lillois le plus agressif avec 18 fautes commises. AFP PHOTO / JEAN-SEBASTIEN EVRARD

Un résultat pas aussi catastrophique

Outre ces cas personnels et les autres bonnes surprises comme Malcuit, Ié, Alonso voire Ballo Touré, le collectif n’a jamais pris le dessus sur ces cas individuels. Si le travail d’un technicien de la trempe de Bielsa ne se juge pas en quatre mois à peine, le déficit de résultat peut être un argument recevable sur les doutes émis sur sa méthode. Mais il faut être aveugle ou de mauvaise foi pour dire que l’équipe entraînée par Bielsa était insignifiante voire en régression comme plusieurs journalistes ou consultants l’ont affirmé. Deuxième équipe derrière le PSG en matière de possession de balle 57,5% et cinquième pour les passes réussies devant Monaco notamment, le LOSC made in Bielsa avait juste besoin de temps pour être jugé.

Trop tendres offensivement et défensivement, cette équipe n’avait pas la capacité à savoir gérer temps forts et temps faibles. Logique, avec un effectif particulièrement jeune (22 ans et 8 mois de moyenne) et des joueurs qui ne se connaissant que depuis quelques semaines. Assumant ses responsabilités à chaque conférence de presse et prenant le temps d’expliquer ses erreurs à chaque match, le désormais ex coach du LOSC a fait des erreurs à plusieurs endroits. Sportives et extra-sportives, ces erreurs assumées ne peuvent pas expliquer à elles seules, la place d’avant-dernier au classement. Plus clairement, Bielsa n’est pas le seul responsable.

Stats Ligue 1 24/11/2017

Quelle direction pour le projet du LOSC ?

Dans ce brouillard épais, bien malin sera celui qui pourra dire comment la saison va se terminer pour le club nordiste. Grand gagnant de cette mise à l’écart, Jorge Campos va sûrement pouvoir s’appuyer sur un coach choisi par ses soins pour poursuivre la mission de trading qui lui a été confiée par le président Gérard Lopez. Muet depuis plusieurs semaines, le patron du LOSC a échoué dans son projet de valorisation de joueurs. Pour le moment, aucun joueur n’a pris une quelconque valeur et on voit mal comment la tendance pourrait rapidement s’inverser.

En tablant sur une possible place dans le Top5, le projet sportif et financier peut prendre un sacré coup de mou avec ce départ soudain. Car sans la pierre angulaire du projet initial nommé Bielsa, comment réussir à valoriser un groupe de joueurs qu’un nouveau coach n’aura pas choisi ? Et surtout quelle stratégie adopter au mercato d’hiver. Tout chambouler de nouveau ou garder le groupe inchangé malgré certaines lacunes évidentes ?

À l’heure d’écrire ces lignes, peu de réponses officielles ont été apportées sur la suite des opérations dans le navire du LOSC. En suspendant “momentanément” Bielsa, le club s’est lancé dans un vaste chantier . Pas sur que ce dernier soit moins risqué que de laisser le temps à Marcelo Bielsa de terminer la saison…

Sources: Transfermarkt, WhoScored
Jajaye Panizzoli
 
 

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