José Mourinho ou l'art de maîtriser sa décadence

A l’heure d’affronter Northampton Town en Coupe de la ligue, Manchester United va bien mal, et son entraîneur aussi. Arrivé en juillet dernier dans le nord de l’Angleterre, José Mourinho reste sur une série de trois défaites consécutives avec les Red Devils et pourrait perdre gros en cas d’élimination ce mercredi. Depuis un an et demi, le portugais est bien loin de son bilan passé, il poursuit sa décadence lentement, mais surement. En effet, le Special One n’a rien perdu de sa crédibilité et a pu bénéficier de traitements de faveur de la part de ses présidents. Sans doute bien aidé par son palmarès unique et le charisme que nous lui connaissons, Mourinho possède encore une marge suffisante pour redresser la barre, même si jusqu’à présent, on peut dire qu’ il maîtrise relativement bien sa chute. 

Manchester United's Portuguese manager Jose Mourinho looks on before the English Premier League football match between Watford and Manchester United at Vicarage Road Stadium in Watford, north of London on September 18, 2016. / AFP / Adrian DENNIS / RESTRICTED TO EDITORIAL USE. No use with unauthorized audio, video, data, fixture lists, club/league logos or 'live' services. Online in-match use limited to 75 images, no video emulation. No use in betting, games or single club/league/player publications. / (Photo credit should read ADRIAN DENNIS/AFP/Getty Images)

Le sauveur de Manchester United ?

Détesté ou adoré, José Mourinho est sans aucun doute l’une des personnalités les plus marquantes du football des années 2000. Le palmarès du Special One parle pour lui, c’est simple, il a tout gagné. Passé par le Portugal, l’Angleterre, l’Italie et l’Espagne, remportant les championnats et les coupes nationales de ces quatre pays, Mourinho a également décroché deux Ligue des Champions (avec Porto et l’Inter) et une Coupe UEFA. Il a aussi reçu le prix d’entraîneur FIFA pour l’année 2010, devant Del Bosque et Guardiola. Nommé à la tête de Manchester United cet été en lieu et place de Luis Van Gaal, la mission du portugais était simple : permettre aux Red Devils de retrouver les sommets qu’ils n’ont plus côtoyés depuis 2013 et le départ de l’emblématique et irremplaçable Sir Alex Fergusson. Plusieurs s’y sont essayé (Moyes, Giggs, Van Gaal) mais tous ont échoué. Arrivé avec l’étiquette de sauveur, tout avait pourtant bien commencé pour l’ancien coach du Real Madrid avec une victoire lors du Community Shield face à Leicester et 9 points engrangés lors des trois premières journées. Or, le premier choc de la saison face au voisin de Manchester City s’est avéré être l’élément déclencheur d’une série inattendue de contre-performances. Trois défaites en autant de matchs dont deux revers “surprises” sur les terrains de Feyenoord et Watford. Une semaine cauchemardesque, qui a soudain fait basculer la balance du mauvais côté pour José Mourinho. Les gros titres ne se sont pas fait attendre : “Mourinho est-il vraiment l’homme de la situation ?”. Il est encore trop tôt pour répondre à cette interrogation mais le constat est sans appel : depuis août 2015, le Special One n’y arrive plus.

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Le sacre européen du FC Porto de Mourinho en 2004, dernière grosse surprise en C1

Une décadence symbolisée par les statistiques :

Si le dernier titre du portugais remonte seulement à quelques mois avec la victoire lors du Community Shield, le plus symbolique semble déjà bien éloigné. Champion avec Chelsea en Mai 2015 après avoir écrasé la concurrence, José Mourinho ne parvient plus à convaincre depuis ce sacre, qui résonne aujourd’hui comme le début de la décadence de celui que beaucoup voient encore comme le meilleur entraîneur du monde. Entouré des Hazard, Diego Costa et John Terry et avec quasiment la même équipe, le portugais a passé 6 mois catastrophiques à Londres avant d’être enfin limogé le 17 décembre 2015. Une seizième place au classement et un bilan extrêmement terne pour le coach qui a tout gagné. Statistiquement, c’est à se demander si le Special One porte encore bien son surnom. En effet, le champion d’Europe 2004 avec Porto reste sur 14 défaites lors de ses 31 dernières rencontres disputées, pour seulement 13 victoires et 4 matchs nuls. C’est simple, le bilan de Mourinho est de 45% de défaites depuis Août 2015. Beaucoup trop pour un coach aux ambitions européennes, et dont le premier objectif est de gagner une troisième C1 avec un club différent. Les débuts prometteurs avec Manchester ne contrastent pas avec ce véritable “trou” d’un an et demi. Les 3 revers consécutifs face à City, Feyenoord et Watford placent Mourinho dans la continuité des Van Gaal et David Moyes, très critiqués pour leurs débuts à Old Trafford. A titre de comparaison, l’entraîneur hollandais a même fait mieux puisque l’an passé, il totalisait 10 points après 5 journées alors que le portugais n’en compte que 9. La décadence est évidente et se poursuit : José Mourinho n’avait plus perdu trois matchs d’affilée en compétition depuis 2002 alors qu’il débutait avec le FC Porto. Inutile de préciser que Manchester United n’aura donc pas droit à l’erreur ce mercredi lors du troisième tour de League Cup face à la modeste équipe de Northampton Town.

Savoir maîtriser sa chute :

Comme beaucoup aiment à le rappeler dans le milieu du football, “L’important à la fin, c’est les trois points“. Or depuis plus d’un an et demi, José Mourinho ne parvient plus à enchaîner les résultats, à tel point que le magicien semble avoir perdu sa précieuse aura de la victoire. C’est incontestable, il doit être difficile pour un coach de vivre une période si compliquée après des années de gloire et de réussite. Certains grands entraîneurs n’ont encore jamais connu de telles désillusions : les Pep Guardiola, Antonio Conte, Carlo Ancelotti ou même l’inexpérimenté Zinédine Zidane ne cessent de surfer sur la vague de la victoire. Alors oui je vous vois venir, vous me direz qu’entre le Real Madrid, le Bayern Munich, le Barça et la Juve, tous ces entraîneurs se succèdent à la tête des meilleurs équipes européennes et ne prennent pas vraiment de risques. Mais quid de Mourinho ? Le portugais ne fait-il pas partie de ce gratin ?! En revenant à Chelsea en 2014, le technicien lusitanien ne s’attendait sans doute pas à vivre un tel creux dans sa carrière, et le titre de champion en 2015 devait être un argument de continuité dans son insolente réussite. Pour autant, il convient d’admettre que le Special One parvient pour l’instant à maîtriser sa chute, pour le moins inattendue. Le palmarès et la manière de communiquer du néo-mancunien n’y sont pas étrangers, ce sont ses deux principaux atouts, ceux-là même qui lui donnent encore une crédibilité importante à la tête des meilleurs équipes du monde.

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Mourinho a toujours su faire face aux situations les plus compliquées, usant de sa mauvaise-foi légendaire et ne manquant jamais de rappeler le chemin accompli, notamment avec Chelsea. Chouchou de Stamford Bridge, le portugais a toujours bénéficié du soutien des supporters des blues y  compris en situation de crise. Encore aujourd’hui et malgré trois défaites de rang en une semaine, les supporters mancuniens montrent  une totale confiance en lui. Mais comment expliquer ce traitement de faveur ? Pourquoi Roman Abramovitch a-t-il mis autant de temps avant de limoger Mourinho la saison dernière ? Précisément parce qu’on ne se sépare pas du Special One comme cela ! En Espagne, Florentino Pérez ne s’y était pas risqué un an plus tôt, préférant parler d’un “accord mutuel” au moment de nommer Ancelotti à la tête du Real Madrid. En cela on peut dire que l’ancien coach merengue gère plutôt bien sa décadence. Après son limogeage , le portugais a eu l’intelligence d’attendre 6 mois  et l’opportunité Manchester United : le temps de se faire oublier, le temps de se créer un statut de sauveur d’un club en péril, le temps de la réflexion, le temps d’amadouer les Pogba, Ibrahimovic et Mkhytarian…

Non, Mourinho n’est pas encore fini :

Qu’ils sont nombreux les entraîneurs limogés, critiqués, et qui, par la suite, sont parvenus à faire leurs preuves et à relever la tête. Le premier exemple qui me vient à l’esprit est bien entendu Claudio Ranieri : démis de ses fonctions à l’Inter, à la tête de la sélection Grecque et plus récemment à Monaco, le coach italien a enfin obtenu la reconnaissance qu’il méritait après son incroyable saison à Leicester. C’est la dure loi du métier, mais qu’il peut être bon de faire taire les critiques par les exploits et les performances. Rien n’est jamais terminé, il est encore temps pour José Mourinho de prouver que le Special One n’est pas mort et que oui, il peut être le sauveur que les supporters des Red Devils attendent depuis 3 ans. Il reste l’homme capable de tout, en témoigne cet entraînement insolite sur un parking quelques heures avant la rencontre de ce soir. Changer de dispositif à la dernière minute, ne pas titulariser ses meilleur joueurs … autant de surprises que le lusitanien garde en poche pour tenter de renverser des situations. Pour la première fois en 15 ans, le double vainqueur de la Champions League vit une période de troubles. Redresser la barre à Manchester serait la plus belle  preuve qu’il est bien un grand entraîneur. Cela passera par une victoire en Coupe ce soir et une bonne performance sur la pelouse de Leicester ce week-end.

Emilien DIAZ

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