"Intransférable", cette notion devenue obsolète

Ces dernières semaines l’ont bien prouvées : la notion d'”intransférable” n’existe plus. Les désirs des joueurs ont pris le pas sur les exigences hiérarchiques donnant lieu à des conflits et des dossiers interminables.

Il y a encore quelques années, les dirigeants bénéficiaient d’un droit de veto sur les joueurs. Ils avaient alors l’entière emprise sur celui-ci, relié au club par un contrat qu’il se devait d’honorer. Aujourd’hui, tout est devenu beaucoup plus compliqué. Entre les joueurs qui décident d’aller “au clash” pour un transfert, reniant ainsi leur contrat, et les clubs prêts à dépenser des fortunes pour faire sauter des clauses pourtant hautement décourageantes, tout ne tient qu’à un fil. Pour le plus grand désarroi des dirigeants, qui ne maîtrisent définitivement plus rien.

Le clash, cette nouvelle mode capricieuse

Souvenez-vous : en janvier 2013, alors qu’il sort d’une saison très convaincante avec Bastia, Florian Thauvin signe un contrat de quatre ans avec Lille. Cependant, la fin de saison nordiste est parsemée d’échecs : Rudi Garcia quitte le club et s’envole pour l’Italie tandis que le LOSC échoue aux portes de l’Europe. Déçu et jugeant le projet bien moins attrayant qu’il ne l’était en hiver, le jeune espoir refuse de se rendre aux entraînements. Les dirigeants lillois, pourtant hostiles à un transfert, sont contraints de se plier à l’intérêt de l’OM. Le dossier dure plusieurs jours mais, étonnamment nouveau à l’époque, est vu d’un très mauvais œil par la communauté football.

L'international tricolore, devenu cible n°1 de toutes les grandes écuries, a choisi de rejoindre le PSG.
L’international tricolore, devenu cible n°1 de toutes les grandes écuries, a choisi de rejoindre le PSG.

Evidemment, Florian Thauvin ne semble pas être le précurseur en la matière, mais dans le déroulement de l’affaire, engluée dans les bras des médias et des réseaux sociaux, il a ouvert la porte à tout un tas de dossiers similaires. Et même si la méthode est mal vue, elle s’avère être redoutablement efficace. Plusieurs joueurs ont d’ailleurs récidivé depuis, et l’intersaison 2017 en offre un véritable florilège. En France, Kylian Mbappé, auteur de six mois exceptionnels du côté de Monaco, voit ses anciens partenaires s’exiler tour à tour dans les plus grandes écuries européennes. Du haut de ses 18 ans et peut-être trop impétueux, le monégasque cède aux avances parisiennes malgré le veto indélébile de la hiérarchie. Résultat : le joueur est exclu du groupe plusieurs matchs en attendant que l’affaire se tasse, positivement ou négativement.

En Allemagne, le principal concerné est lui-aussi français. Véritable pépite flamboyante de Dortmund, Ousmane Dembélé attire le regard des plus grands d’Europe. Des yeux que tentent, tant bien que mal, de balayer les dirigeants du BVB qui n’ont aucune intention de céder le tricolore. Mais quand le grand FC Barcelone, qui essuie une place vacante sur son aile suite au départ de Neymar, se penche sur le dossier, le français est séduit. Une nouvelle fois, la direction ne le voit pas de cet œil et se refuse à toute négociation, évinçant son joueur du groupe. Ses coéquipiers y vont aussi de leurs commentaires, plaçant l’international Bleu au centre d’un cyclone qu’il ne maîtrise que partiellement.

L’heure du bras de fer

Cependant, un club peut-il réellement retenir un joueur contre son gré ? Aussi fort qu’il soit, lorsque un joueur émet ses envies d’ailleurs, il rompt ainsi une certaine confiance avec le groupe et la hiérarchie. Et même si cette dernière fait bloc pour le contenir, elle doit désormais faire avec un joueur qui n’est pas forcément heureux de se retrouver là. Le problème aujourd’hui, c’est que les discussions sont entamées entre un joueur et un club externe, sans que le club concerné ne soit évoqué. C’est ainsi que la presse a pu annoncer des “Dembélé OK avec Barcelone” ou “Mbappé dit oui au PSG”. Le problème, c’est que le parti évincé est sûrement le plus important.

Ousmane Dembélé est devenu le second joueur le plus cher de l'histoire suite à son transfert à Barcelone.
Ousmane Dembélé est devenu le second joueur le plus cher de l’histoire suite à son transfert à Barcelone.

Dans ces cas-là, quelles perspectives s’ouvrent aux dirigeants ? S’il peut punir son joueur en le suspendant du groupe, il ne fait là que retarder l’échéance en attendant que le marché des transferts sonne son glas. Une idée plutôt douteuse, puisque cela reviendrait à, une nouvelle fois, retenir le joueur contre son gré, ce qui ne facilite rien. On peut résister aux assauts d’autres écuries mais peut-on réellement anticiper le long terme quand un joueur a déjà souhaité partir une fois ?

Le BVB craque : une porte s’entrouvre

Le dossier Dembélé est désormais bouclé. L’international tricolore s’est envolé pour 150 millions d’euros en Catalogne. Une somme faramineuse, financée par le transfert de Neymar dans la capitale. Pourtant hostile, les dirigeants allemands ont cédé face aux billets mis en jeu et à la mauvaise image que son espoir essuie outre-Rhin.

On en revient alors, une nouvelle fois, à cette question : peut-on réellement “bloquer” le transfert d’un joueur ? Oui, mais pour cela, faudrait-il encore que celui-ci soit d’accord. Les clubs mettent aujourd’hui des clauses libératoires exorbitantes pour calmer les prétendants. Pourtant, quand des dirigeants sont prêts à aligner 222 millions pour un joueur, le château de cartes s’écroule et le club ne maîtrise plus rien. Toutefois, le comportement de Neymar s’est avéré être exemplaire tout le long du dossier, jouant ses matchs jusqu’au dernier avec les catalans sans aller au clash.

Le réel problème aujourd’hui, ce sont ces scénarios qui semblent trouver toujours une issue favorable pour le joueur et qui, de ce fait, devrait se répéter incessamment. Le statut du joueur intransférable est alors complètement évincé : les dirigeants se plient, tant bien que mal, aux exigences des joueurs et ce avec des sommes colossales en jeu. Comment résoudre ce problème ? Peut-être avec des restrictions de la FIFA, notamment sur les contrats.

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