Interview: S3 Crew "Tu prends un petit pont, tu me respectes!"

Lors de la Tango League, des freestyleurs étaient venus partagés leur passion et leur talent avec un ballon. Mais pas n’importe quels freestyleurs: les membres du Street Style Society, crew composés de freestyleurs champions de France, de Tunisie mais aussi de champion du Monde qui associe, football, Hip Hop et Basketball dans des shows incroyables. On ne fait plus leur réputation, leurs vidéos ont été visionnées des milliers de fois et on a forcément vu passer l’un de leur geste technique. Et pour cette interview, on a vu triple. Entre deux petits ponts et un ‘tour du monde’, trois membres du S3 Crew, Andreas, Moss et Trafalgar ont pris le temps de répondre à nos questions :

S3 CREW
De gauche à Droite: Andreas, Moss, Trafalgar et Logan, membres du S3 Crew – ©Maya Amrouche, LBDF
LBDF : Quel est le joueur qui vous a inspiré personnellement?

Moss : Ronaldinho il n’y a que lui !

Trafalgar : Ronaldinho aussi mais y a eu aussi du Maradonna, du Messi aussi aujourd’hui.

Andreas : Moi Zinédine Zidane

Trafalgar : Andreas il a dis ça comme un gosse (rires)

LBDF : Qu’avez-vous à répondre à ceux qui disent que les freestyleurs ne sont pas des footballeurs ?

Moss : On a une réponse, elle est mortelle ! ‘Ah ouais on n’est pas des footballeurs ? D’accord. Tu joues mieux au foot que nous ? Viens on va essayer. Prends moi la balle , si tu me mets un petit pont t’a gagné je t’offre ce que tu veux‘.

Trafalgar : On l’entend souvent le «Ouais ça sert à rien ce que vous faîtes sur un terrain » etc… Du coup on les défi directement dans leur discipline et on leur montre qu’on est bon aussi sur le terrain.

Moss : Et la plupart du temps c’est « ehhhh j’avoue, t’es chaaaaud »

LBDF: Et ce genre d’évènements, la Tango League, vous aimez, y avez déjà participé en tant que joueurs ?

Moss: Ah on a joué! Au départ, on faisait tous les événements comme ça en fait.

Trafalgar : On en a fait énormément ! Des tournois on en a joué, on en a gagné en France et même à l’étranger.

Moss : On en organise aussi.

Trafalgar : On en a organisé ouais et voilà aujourd’hui on va dire qu’on se place à une autre échelle. On est plus en mode observateur, on juge et on donne notre « opinion ».

LBDF: Vous commencez à être connus, les gens vous reconnaissent dans la rue, qu’est-ce que vous aimeriez-dire aux jeunes qui veulent suivre vos traces ?

Moss : Honnetement ? Il faut travailler. Vraiment travailler. Le plus dur c’est d’avoir le mental. Parce qu’au début, je ne sais pas si c’est comme ça dans tout, mais au début c’est trop dur et t’arrive à rien et tu peux vite avoir envie de lâcher. Et pour le coup, c’est comme dans tout, que ce soit à l’école ou dans une passion, si tu lâches au début c’est fini. Franchement c’est trop de mental, c’est beaucoup ça en tout cas.

Andreas : Ouais c’est le mental. Ne lâchez rien et faîtes ce que vous kiffez c’est vraiment le message que j’aurais à passer. Avant de vouloir faire le tour du monde, d’être connu et d’avoir de la visibilité, faîtes vraiment ça pour le kiff et si ça marche tant mieux mais ne lâchez rien quoi qu’il arrive.

Trafalgar : Si j’avais un message perso à leur donner ce serait de ne pas se limiter aux codes qu’on leur fixe en fait. De ne pas respecter toujours les codes et comme Andreas a dit, de kiffer.

LBDF: Je suppose que vous avez commencé dans la rue… Pour vous c’est quoi l’importance du foot de rue, est-ce plus important que le football en club ?

Trafalgar : J’ai envie de répondre oui à cette question. Oui elle est plus importante que le foot en club parce que c’est la première étape en fait par laquelle n’importe quel footballeur va passer. Et avec le football à 11 aujourd’hui sous les caméras, sous les projecteurs, on a tendance à trop glorifier la chose en fait. On tente d’y accéder directement en oubliant qu’il faut d’abord « passer » par la rue. Vous le voyez, regardez dans Paris y a un nombre de ‘city-stadeincroyable. Vous marchez trente secondes dans n’importe quelle direction vous en trouvez un. Donc il ne faut vraiment pas négliger l’étape : «  Je prends mon ballon, je descends en bas de chez moi et je vais jouer ». C’est vraiment la plus importante pour moi pour réussir dans le foot!

Moss : En plus de ça, je pense que la pratique la plus reconnue c’est même pas le football. C’est vraiment le foot de rue. Parce qu’il y a plus de gens qui vont faire du foot de rue que d’aller s’inscrire en club pour jouer. Et je pense que la plupart des bons footballeurs, ils devaient vraiment jouer au foot de rue avant. Ca t’apprend trop de choses.

Trafalgar : C’est l’école du football, par laquelle tout le monde passe pour moi. C’est comme quand vous arrivez au CP c’est là où on apprend à lire. Si vous ne savez pas lire vous ne pourrez pas aller jusqu’en Master.

Moss : Eh moi en maternelle je savais lire hein ! (rires)

Trafalgar : Bon après y a des surdoués, y a des crack … (rires)    

LBDF: Comment vous êtes passés du football « basique » au freestyle ?

Moss : Je veux répondre ça parce que moi j’ai une histoire ! Je vais être honnête avec vous, c’est par jalousie ! (rires) Mais genre de la grosse jalousie ! J’étais au lycée et je vois la vidéo d’un mec actuel de mon groupe, Séan, et quand je vois sa vidéo je me dis « non mais attend, comment il fait ça avec un ballon et moi j’y arrive pas ? Ça veut dire je suis nul ? Oh non ça va pas se passer comme ça». Alors je me suis beaucoup entraîné. De fil en aiguilles je me suis retrouvé à m’entraîner avec lui, puis avec Andreas, une légende du freestyle, ici à côté de moi. Et au final tu délaisses le foot pour le freestyle parce que tu retrouves des valeurs dans ce sport que tu ne retrouves pas forcément dans le football à 11.

LBDF: Quel genre de valeurs ?

Moss : La famille. Par exemple Andreas, y a pas une seule personne ici qui pourrait lui manquer de respect parce que c’est comme notre tonton, pourtant il est pas beaucoup plus vieux que nous. Mais c’est comme notre tonton, c’est lui qui nous dis quoi faire, comment, qui nous a donné des conseils quand on a commencé et qui continue de conseiller encore aujourd’hui. Voilà il y a plein de petites valeurs comme ça que je retrouve plus dans le monde du Hip Hop, du freestyle, que dans le football. Dans le football, faut jouer faut gagner, faut gagner de l’argent. Et pour moi ce n’est vraiment pas ça la vraie vie.

Trafalgar : Pour revenir à votre précédente question, je ne dirais pas comment on a fini au foot de rue, je dirais plutôt comment on y est revenu. Parce qu’on a commencé dans la rue, pour ensuite essayer de réussir dans le football à 11 avant de revenir dans notre discipline. On a quitté l’école, le vestiaire, les codes. On est allé dans quelque chose de plus libre, dans lequel on pouvait faire ce qu’on voulait. Et on a juste après réussi à « s’imposer et se faire un nom ». Ca va pas plus loin que ça en fait. On y est juste revenu.

Andreas : Pour moi ça a été très simple en fait. C’était déjà en moi. Il y a ce côté liberté, ce côté créatif que tu ne peux pas retrouver forcement dans le football, parce qu’il y a énormément de barrières. Que ce soit des barrières imposées par tes entraîneurs ou autre. Du coup moi j’ai plus dérivé dans le football freestyle, créatif et voilà je suis plus centrée sur le partage différent du football. Parce que si tu connais des tricks bah forcément, tu vas l’apprendre à tes jeunes, etc. Et ces jeunes-là te donnent en retour. Quand ils évoluent t’a envie de t’entraîner et de donner plus. Donc voilà c’est une évolution constante avec mon groupe qui me fait plus kiffer que d’aller jouer avec un club et d’essayer de gagner tous les dimanches quoi. Là on est plus dans une création, on veut vraiment réaliser les meilleurs shows, les plus beaux tricks possibles pour que d’autres jeunes fassent encore mieux. C’est une autre démarche !

Moss : Ouais mais pas trop tôt laissez-nous avoir les beaux gestes aussi… Ils apprennent trop vite c’est un truc de fou! Ça veut dire des gestes qu’on a mis énormément de temps à maitriser, eux ils arrivent et ils te disent « Eh regarde ça fait 2 mois je fais du freestyle regarde ce que je sais faire ». Et bam, ils me sortent un geste que j’ai mis plus d’un an à apprendre. C’est relou je crois que je vais arrêter de faire des vidéos ils vont me rattraper trop vite ! (Rires)

LBDF : Et du coup la Tango League c’est vraiment votre univers en fait ?

Moss : Ouais carrément! Ce qui est marrant avec la Tango League, c’est qu’ils vont même plus chercher à parler football ou freestyle. Ils vont juste vouloir nous mettre un petit pont.

Trafalgar : C’est exactement ça et c’est fort en fait. Dès qu’ils nous voient ils sortent de leur univers football et reviennent au street-football. Ils ne nous parlent plus de matches de foot ou quoi, ils ne parlent plus que de petits-ponts et autres gestes.

Andreas: Et moi personnellement je kiff ça quand les jeunes viennent nous défier un peu. C’est une culture de défi ce qu’on fait. On est là-dedans et on aime ça. On kiff se chambrer entre nous, et du coup on aime quand les jeunes ils viennent nous défier tout simplement. Et nous on est là et on doit leur montrer aussi ce qu’on vaut et ça te met une pression positive. Ca te fait faire des tricks encore plus lourds.

Moss : Sur nos battles, dès qu’il y a un petit pont, c’est une ambiance de malade. Ca crie de partout!

LBDF : En même temps le petit pont c’est un peu l’humiliation suprême au football …

Trafalgar : Ah ça je suis d’accord. Pour moi c’est le symbole du respect. Tu prends un petit pont, tu me respectes! Tu ne demande plus de me défier (rires). 

Merci à Moss, Andreas et Trafalgar pour cette interview. Nous on va s’acheter un grillage histoire d’être sûrs de ne pas se prendre de petits ponts !

MAYA AMROUCHE 

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