Interview : R. Domenech : "La beauté du football, c'est se faire plaisir"

Ambassadeur du Jeu de l’Entraîneur lancé par le site de paris sportifs en ligne Winamax, Raymond Domenech s’est confié à La Beauté du Football sur ce nouveau partenariat, son regard sur l’Équipe de France et ses objectifs personnels. 

 
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-Pourquoi avez-vous choisi de devenir ambassadeur du Jeu de l’Entraîneur, lancé par Winamax ?
“Je trouve que ce Jeu de l’Entraîneur sur Winamax a quelque chose de plus que tous les autres. Dans toutes les stats, il a un contenu qui est beaucoup plus large, qui se rapproche beaucoup plus de la réalité de la performance d’un joueur qu’un jeu où il suffit de trouver le buteur, ou le passeur. Ici, les défenseurs et les milieux défensifs sont jugés aussi, sur des stats vraiment précises liées à celles de la Ligue. Je trouvais que cela ressemblait vraiment à quelque chose.”

– Quelles sont vos méthodes pour former le meilleur XI de Ligue 1, chaque semaine ?
“Il y a une méthode qui est de connaître les équipes. Il faut connaître les joueurs, travailler dessus, suivre le championnat de près. Je regarde les sites des clubs désormais, pour avoir le maximum d’informations. C’est la seule méthode ! Après il y a une part d’intuition, c’est se dire si on sent un truc ou si on ne le sent pas, c’est le pari ! Je me souviens avoir senti quelque chose avec Crivelli, je l’avais conseillé car pour moi il pouvait marquer. Résultat, Bastia gagne à Lorient et Crivelli marque deux buts. Pour cela, il n’y a pas de règles.”
– Pensez-vous que le départ de la Ligue 1 de certains chouchous du public comme Zlatan Ibrahimovic, Wissam Ben Yedder ou encore Sofian Boufal peuvent dissuader certains internautes de se prêter au Jeu de l’Entraîneur, ou au contraire les arrivées de joueurs de renom peuvent les inciter à vous défier ?
“Je ne pense pas qu’il y ait de relation entre le Jeu de l’Entraîneur et la notoriété des joueurs de Ligue 1. On a récupéré Balotelli qui est une star, il y a quelques anciens joueurs qui sont revenus dans le championnat, il y a un équilibre entre les deux. Balotelli va contre-balancer le départ de Zlatan d’une manière ou d’une autre, notamment au niveau médiatique. Concernant les autres, on n’a pas eu de grosses pertes ni d’arrivées exceptionnelles. L’avantage de ce jeu sur Winamax, c’est qu’il mobilise toutes les équipes ! Ce n’est pas juste Paris, Monaco, Lyon… Je m’intéresse aujourd’hui à toutes les équipes, alors qu’auparavant le choix s’arrêtait aux équipes de haut niveau. Si je veux pouvoir remplir mon rôle d’ambassadeur correctement, il me faut de l’information. Étant limité dans le budget sur ce jeu, on ne peut pas sélectionner que des joueurs de grosses écuries. Il faut trouver d’autres joueurs, c’est cette ouverture à tous les clubs qui rend le Jeu de l’Entraîneur intéressant.”


– Vous qui avez été entraîneur puis sélectionneur, quelles différences existe-t-il entre composer une équipe virtuellement et être à la charge d’une équipe d’hommes que vous côtoyez tous les jours ?
“La différence est là, dans le fait de côtoyer les joueurs tous les jours. Il faut s’asseoir à table à côté d’eux, leur expliquer pourquoi ils n’ont pas joué ou ne joueront pas, ce qu’on attend d’eux… Sur Winamax, j’appuie sur le bouton : tu es viré, j’appuie sur un autre : tu joues, et personne n’a rien à dire. Seuls les internautes peuvent critiquer mes choix, mais jusqu’à présent je m’en sors pas trop mal. L’énorme différence est là : en vrai, vous avez les joueurs en face de vous. Cela peut être très sympa d’avoir des joueurs face à soi, mais il faut assumer ses choix. Il n’y a que onze joueurs sur le terrain. On a beau faire ce que l’on veut, aucun entraîneur n’a réussi à faire jouer douze mecs. En sélection, il en reste généralement douze derrière, en club il peut en rester vingt qui ne jouent pas, plus dix dans la tribune ou chez eux. C’est compliqué d’arriver le lundi matin à l’entraînement, lorsqu’il faut à nouveau reprendre tout le monde… C’est ce qui est difficile dans ce métier.”
– Ce contact avec la Ligue 1 peut-il vous donner envie retrouver un banc français, à l’avenir ? 
“Ni plus, ni moins. L’avantage est que si un club venait à m’appeler, je connaitrais tous ses joueurs ! (Rires) Je saurais déjà ce qu’ils ont fait comme résultats, qui est entré, qui est sorti, je ne perdrai pas de temps à faire des photos des joueurs ou visionner les matchs car je les aurais déjà vus. 
– Il y a quelques mois, certains médias vous ont annoncé proche de l’Olympique Lyonnais, club de votre ville natale où vous avez évolué durant six saisons en tant que joueur professionnel, avant l’arrivée de Bruno Genesio. Avez-vous cette envie d’entraîner, un jour, l’Olympique Lyonnais ?
“Je crois qu’il faudra, un jour, admettre que chacun vit son temps, son expérience. Je connais bien Bruno, c’est moi qui l’ait fait débuter à l’OL. C’est un mec bien, qui travaille, il faut lui laisser le temps d’arriver. J’ai fait dix ans en tant qu’entraîneur, onze ans de sélection espoirs, six ans chez les A… C’est un temps, je ne m’accroche pas. Je crois qu’il faut laisser l’énergie circuler, il y a des nouveaux qui arrivent, avec qui cela se passe bien… Si à un moment il y a besoin d’un peu de maturité et d’expérience et que quelqu’un me sollicite, cela se discute autrement. Je suis l’Olympique Lyonnais, leurs résultats, et leur stade est magnifique. Le projet qu’Aulas a mis en place est énorme, exceptionnel.”
– Quel regard portez-vous sur notre Équipe de France actuelle, auteure d’un très bel Euro ? Et sur les performances de Didier Deschamps ? Pour avoir été sélectionneur, considérez-vous qu’il fait du bon travail ?
“J’ai été à ce poste-là. Je ne fais jamais de critiques, ou de remarques sur le travail de quelqu’un qui est en place. Je sais le poids que cela peut avoir. Les gens s’en servent comme d’un appui pour dire “tu as vu ce qu’il a dit ?“, cela créé un mouvement. Je me le suis interdit depuis toujours. Je n’ai pas dit une phrase sur Didier qui soit négative, au contraire je trouve que ce qu’il fait est bien. Avant l’Euro, il a su prendre les décisions qu’il fallait, il a tranché. Il n’a pas attendu pour les blessés, pour les joueurs avec qui il y avait des soucis, je trouve que c’est très bien et les résultats l’ont confirmé. Cela n’a pas toujours été simple, cela s’est parfois fait dans la difficulté, mais il a réussi l’objectif qui était au moins d’aller en finale. On sent qu’il y a un projet d’avenir, que cette équipe a quelque chose. Et ça, c’est très, très positif.”
– Vous pensez que cette Équipe de France a de l’avenir ?
“Oui, quand on voit les joueurs on se retrouve presque dans le profil de 1998, avec des joueurs titulaires en Équipe de France mais également titulaires dans des grands clubs européens. Il n’y a que comme cela qu’on peut avoir une grande équipe, on ne peut pas avoir que des joueurs remplaçants ou évoluant dans des équipes moyennes. On pourra faire des résultats de temps en temps, mais on ne gagnera jamais un Euro ou une Coupe du Monde. Alors que lorsqu’on est comme en 1998 ou en 2006, avec uniquement des joueurs de très haut niveau, on sait qu’on va loin. L’expérience et la maturité sont essentielles.”
– Quelles sont les qualités qui permettent à Didier Deschamps, en tant que sélectionneur, de mener un groupe à un tel niveau de compétition ? 
“Il connaît le métier. Il l’a vécu en tant que joueur, au plus haut niveau, il a un crédit. Il a gagné quelque chose dans à peu près tous les clubs dans lesquels il est passé… Il a ce crédit qui a un poids sur les joueurs. L’essentiel est qu’il sait prendre les décisions quand il faut les prendre, sans hésiter. Que cela fasse plaisir ou non, ce n’est pas l’objectif, il l’a lui-même dit : l’objectif est d’avoir une équipe performante, pas de faire plaisir à l’un ou à l’autre. C’est essentiel.”
– Concernant le cas Karim Benzema, bien que cela soit le choix du sélectionneur, pensez-vous que cela pourrait fausser l’optimisme actuel des Bleus ? Pour les échéances à venir, l’Équipe de France a-t-elle besoin de Karim Benzema ?
“Je ne sélectionne pas à la place de Didier. Lorsqu’on dit qu’en France il y a 60 millions de sélectionneurs, je réponds que ce n’est pas vrai : moins un, moi. Je ne me permettrai jamais de dire à Didier “voilà ce que je pense que tu devrais faire”, jamais. C’est lui qui décidera, si ça lui va il le fera, dans le cas contraire il ne le fera pas. C’est lui qui met les conséquences en vitrine, et il assume ses choix.”
– Quels conseils donneriez-vous à un jeune dont le rêve est de devenir entraîneur professionnel, voire sélectionneur ? 
“Qu’il aille à l’école, surtout ! (Rires) Devenir sélectionneur, cela tient du miracle. Quand on compte le nombre de sélectionneurs qu’il y a eu par rapport au nombre de footballeurs, c’est un miracle. Permanent. Je l’ai toujours vécu comme ça, c’est une chance exceptionnelle. S’il veut être sélectionneur et qu’il a douze, treize, quatorze ans, qu’il continue ses études, et longtemps.”
– Pour vous, qu’est-ce que la beauté du football ?
“La beauté du football ? Quand j’avais trente ou quarante ans je disais que c’est gagner, mais aujourd’hui, avec un peu de recul, je dis que c’est se faire plaisir. C’est un partage de plaisir, sinon il manque quelque chose.”
Propos recueillis par Paul-Louis Majou et Jean-Romans Gaudriot.
 

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