Interview exclusive : Wendie Renard, la lionne tricolore

À 39 jours du début de l’Euro 2017 organisé aux Pays-Bas, la capitaine de l’Equipe de France et de l’Olympique Lyonnais, Wendie Renard, a répondu aux questions de La Beauté du Football. Retour sur un entretien placé sous le signe de la bonne humeur et du partage.

Wendie Renard a remporté 11 titres de championne de France consécutifs. / AFP PHOTO / JOEL SAGET / BLACK AND WHITE VERSION
Wendie Renard a remporté 11 titres de championne de France consécutifs. / AFP PHOTO / JOEL SAGET / BLACK AND WHITE VERSION
Pour commencer, pourquoi êtes-vous devenue footballeuse ?

C’est dans ce sport que mes qualités ressortaient le plus, là où je m’exprimais le mieux. J’ai, pendant des années, pratiqué le football et le handball mais sur le plan physique ce n’était plus possible (match de football le samedi, rencontre de handball le dimanche). J’ai dû faire un choix.

Est-ce que vous avez toujours eu le soutien de vos proches ? Voire même de vos professeurs ?

Oui, ma famille m’a toujours soutenue et puis pour être franche, elle n’a pas vraiment eu le choix (elle sourit). Pour tout vous dire, quand j’avais 8 ans, j’ai annoncé à ma mère qu’un jour je porterai le maillot de l’Equipe de France.  À l’école, tous mes professeurs aimaient le football, me voyaient au quotidien et étaient conscients de mon potentiel. J’ai travaillé dure pour y parvenir et aujourd’hui je suis heureuse du chemin parcouru.

Quel a été le plus beau moment de votre carrière ?

La victoire de l’Olympique Lyonnais en 2011 lors de la finale de la Ligue des Champions face à Postdam. Je marque devant ma mère et puis c’est le trophée majeur à gagner en club.

Votre plus grande déception ?

L’Equipe de France et la médaille perdue face au Canada aux Jeux Olympiques 2012 (cf : défaite 1-0). C’est vraiment triste car on a maîtrisé la rencontre du début à la fin mais dans les derniers instants, on prend un contre qui nous fait très mal.

On dit souvent que le football est une grande famille. Êtes-vous d’accord ?

Oui car on pratique tous la même passion. Il y a énormément de solidarité dans ce sport. On peut prendre l’exemple du décès de Cheick Tioté . Dans ces moments de tristesse, on est une grande famille et on se soutient mutuellement. Et puis on passe plus de temps avec nos coéquipières qu’avec notre propre famille. On crée forcément des affinités et s’il y a des titres au bout, c’est encore plus beau.

Le football féminin

Le football féminin prend de l'ampleur sur la scène nationale / AFP PHOTO / GUSTAVO ANDRADE
Le football féminin prend de l’ampleur sur la scène nationale / AFP PHOTO / GUSTAVO ANDRADE
Comment jugez-vous l’évolution du football féminin sur les 5 dernières années ?

Il a énormément progressé. On peut toujours dire que ce n’est pas suffisant mais quand on voit d’où l’on vient, on peut en être fière. Le football féminin ne demande pas d’avoir les mêmes « privilèges » que les garçons, simplement qu’il soit respecté.  Il mérite d’être mis en avant. En seulement quelques années, on s’est rapproché du football allemand et américain qui sont les références. Il faut continuer à travailler mais on peut dire que c’est une belle récompense. La Coupe du Monde 2019 organisée en France sera l’occasion de mettre en avant tout le travail accompli.

Pour promouvoir le football féminin, avez-vous une obligation de résultats ?

Bien évidemment. Aujourd’hui il faut gagner des titres majeurs que ce soit en club ou en sélection. Je ne veux pas dire qu’il n’y a que ça mais si la France ou les formations du championnat remportent un titre majeur, l’essor sera forcément beaucoup plus important. Il faut également un travail du football masculin et surtout des moyens. Aujourd’hui sans argent, on ne peut rien faire. Si des petites veulent jouer au football, sans infrastructure et sans matériel, c’est mission impossible.

Vous côtoyez les footballeuses de demain que ce soit à l’OL ou en Equipe de France. Est-ce que vous trouvez que le niveau a augmenté ?

Tout à fait. Aujourd’hui le travail est fait en amont et dès le plus jeune âge. C’est une bonne chose. Quand les filles arrivent au plus haut niveau, elles doivent savoir à quoi s’attendre, savoir ce qu’il faut pour devenir une joueuse professionnelle. Il faut leur faire comprendre que pour être la meilleure, cela nécessite du travail, de la rigueur. Qu’on n’obtient pas tout d’un claquement de doigts.

Le 22 mai dernier, l’UNFP a lancé sa nouvelle campagne « C’est Vrai » , avec notamment un spot publicitaire mettant en avant les actions sociétales des joueurs de football professionnel. Qu’en pensez-vous ?

C’est une bonne chose car généralement les footballeurs sont catalogués. C’est important de faire comprendre aux gens que nous sommes des êtres humains. Que nous sommes aussi touchés par les évènements de la vie.

Dans votre cas, vous faîtes partie de l’association Emma, pouvez-vous nous en dire plus ?

Cette association a pour but de venir en aide aux parents ayant des enfants en difficultés. C’est en fait un couple de parents qui est venu me voir. Ils étaient en vacances à Saint-Barthélemy avec leur petite fille nommée Emma et cette dernière a fait un arrêt cardiaque en mer. Elle a aussitôt été transférée à l’hôpital en Martinique mais n’a malheureusement pas pu être sauvée.  C’était une petite fille attachante qui cherchait constamment à aider les autres. Les parents n’ont pas voulu subir sa mort mais plutôt en faire un symbole pour venir en aide à d’autres familles.  C’est magnifique.

Est-ce qu’à 26 ans, on pense déjà à l’après-football ?

Ah ouais (elle sourit). J’ai déjà commencé à passer mes diplômes d’entraineuse. Après j’ai décidé de mettre cette partie en stand-by et depuis deux ans, je suis une formation de management. On ne sait pas ce que l’avenir nous réserve et surtout le football ça peut s’arrêter à tout moment (elle touche la table en bois). Une chose est sûre, je resterai dans le sport.

L’Olympique Lyonnais

Wendie Renard soulève sa quatrième Ligue des Champions avec l'OL.(Photo by Kieran Galvin/NurPhoto)
Wendie Renard soulève sa quatrième Ligue des Champions avec l’OL.(Photo by Kieran Galvin/NurPhoto)
Qu’est-ce qu’on ressent lorsqu’on soulève son premier titre de championne de France à 16 ans ?

La première année je n’ai joué que trois matchs avec l’équipe première mais j’ai tout gagné donc beaucoup de bonheur. J’étais jeune donc on se dit que la carrière commence bien et forcément on espère jouer plus la saison d’après.

À seulement 26 ans, vous êtes capitaine de l’Equipe de France et de l’Olympique Lyonnais, vous avez disputé plus de 330 matchs, remporté plus de 20 trophées. Est-ce qu’on peut vous considérer comme un vieux briscard dans la profession ?

Malgré mon jeune âge, j’ai déjà un vécu qui me permet de transmettre aux plus jeunes. Maintenant, je ne suis pas là pour me vanter. J’aime être juste dans ce que je fais et rester moi-même.

On entend souvent que les sportifs se lassent de remporter des trophées. C’est possible ?

Non impossible ! Moi je ne me lasse pas en tout cas. Chaque année, je soulève toujours avec la même joie, la même force le trophée (cf : les 11 titres consécutifs en championnat).

L’Olympique Lyonnais est-elle la meilleure équipe de l’histoire du football féminin ?

On vient d’égaler le record de Franckort en coupe d’Europe mais si je dois répondre à cette question ce sera à la fin de ma carrière (elle sourit).

Equipe de France

L'Equipe de France prépare d'ores et déjà le mondial 2019. / AFP PHOTO / GUSTAVO ANDRADE
L’Equipe de France prépare d’ores et déjà le mondial 2019. / AFP PHOTO / GUSTAVO ANDRADE
Vous avez tout remporté en club, quels sont vos objectifs désormais ?

L’Equipe de France. Je veux soulever un titre majeur avec mon pays.

En 2011, vous êtes sélectionnée pour la première fois avec les Bleues par Bruno Bini. Est-ce que vous pouvez nous raconter ce jour ?

C’était à Gerland. On venait de finir la rencontre Lyon – Juvisy et le sélectionneur m’attendait sur le parking. Il vient me voir et me dit « tu vas nous rejoindre dans le groupe ». La liste n’avait pas encore été dévoilée du coup j’étais méfiante et j’ai préféré rester calme. Quand la liste est sortie je me suis dit « enfin ! » car ça faisait un moment que j’attendais ça.

Le 16 juillet prochain débute l’Euro aux Pays-Bas, quel est l’objectif de l’Equipe de France ?

Les années précédentes, on affirmait vouloir aller au bout. Aujourd’hui on peut affirmer qu’on aura de l’ambition.

Mais quand on est un compétiteur, on a forcément la victoire finale dans un coin de notre tête..

Oui ! Sinon il faut mieux rester à la maison. On reste l’Equipe de France, on a un standing à tenir maintenant. Nous sommes conscientes que ça se joue sur des détails. On espère que la chance sera de notre côté mais il faudra aller la provoquer.

Les favoris de la compétition ?

Les Allemandes. Ce sont les tenantes du titre.

Vendredi les Bleus de Didier Deschamps affrontent la Suède dans la course à la Coupe du Monde. Pouvez-vous nous donner votre pronostic ?

3-1 pour la France avec des buts de Giroud, Griezmann et Pogba.

Votre définition de la Beauté du Football ?

Les gestes techniques, le partage, l’aventure humaine, le plaisir sur le terrain. Le football est beau grâce aux sourires des enfants, des supporters.

Si vous aviez un message à transmettre aux plus jeunes et notamment les futures footballeuses de demain ?

J’avais des rêves, j’ai réussi à les réaliser. Il faut y croire et se donner le moyen d’y parvenir. Ce n’est pas facile mais il faut avoir confiance en soi. Les parents également ne doivent pas avoir peur d’envoyer leur fille dans le monde du football. On partage tellement de moments ensemble qu’à la fin, on devient une famille.

Thomas Pain

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