Interview avec Jérémie Janot pour la sortie de son livre “Sans filet”

Pour la sortie de son livre “Sans filet”, La beauté du Football est parti à la rencontre de Jérémie Janot. Dans cet ouvrage, l’ancien gardien de but de Saint-Etienne raconte son incroyable histoire. A travers cet entretien, il nous explique cette véritable ascension qui lui a permis de vivre son rêve.

LBDF – Valentin Devillaire
Comment tu vois la différence entre les gardiens de ton époque et ceux d’aujourd’hui ?

Par exemple, moi j’avais tendance à vouloir faire des arrêts. Je voulais me faire bombarder de ballons pour les arrêter. A la fin de ma carrière, j’ai pris du recul et je trouve que je ne me suis pas assez intéressé au jeu, à l’aspect tactique. Aujourd’hui, j’encourage mes gardiens à participer aux possessions de balle.

Tu penses que l’aspect pédagogique dans le football a besoin de changements ?

Oui forcément. Les idées misent en place il y a trois ans sont déjà obsolètes. Il faut toujours savoir se renouveler. Les entraîneurs cherchent ça sans arrêts. Peut-être ce qui est à revoir, c’est que dans les formations on enseigne souvent tout ce qui est tactique, technique, physique et mental. Mais en fait, 80% du temps on fait du management et de la gestion de l’humain. C’est là où tu peux faire de vraies différences.

Il y a une photo où je fais un doigt d’honneur à un supporter niçois. Aujourd’hui je ne peux pas me permettre de faire ça.”

On revient assez souvent sur ta taille (1m76). Comment tu t’es servi de cette faiblesse pour être aussi performant ?

Au départ, la taille n’a jamais été un défaut pour moi. Alors bien sûr j’étais en difficulté sur les ballons aériens. Mais j’étais moins en difficulté quand je devais attaquer le ballon. Ca servait surtout d’alibi pour les autres pour pouvoir me contester. Moi parfois j’ai pris des buts, pas parce que j’étais trop petit mais j’aurais pu le dire. Mais parce que techniquement j’ai fais une erreur, peut-être que j’étais mal placé, que ma prise de décision a été trop rapide ou trop tardive. J’aurais préféré qu’on analyse techniquement pourquoi j’ai pris un but que de parler de ma taille. Par contre aujourd’hui, les centres de formation ne me prennent pas. Moi je m’en suis servi comme d’une force. J’avais besoin de challenge et de me sentir contester pour être performant.

Par rapport à cette motivation incroyable que tu avais. Elle a été décisive dans ta carrière ? Et d’où vient-elle ?

J’ai tout le temps été un battant. Je n’acceptais pas d’être numéro 2 ou d’être le gardien de l’ombre. Moi ce que je voulais c’était d’être numéro 1. J’étais tout le temps en compétition. C’est ce que je recherchais à chaque fois. S’il n’y avait pas de compétition, je faisais en sorte de me la créer.

Ton meilleur souvenir en tant que gardien de but ?

Entre la montée avec Frédéric Antonetti lors de la saison 2003-2004… Ou l’arrêt décisif contre Troyes en 1997. C’est Troyes qui descend en National. Après c’est aussi le fait d’avoir duré, d’être resté 15 ans dans le milieu professionnel dans une époque où tous les gardiens étaient ultra-performants. Et aussi d’avoir été élu meilleur gardien de Ligue 1 par France Football.

Il y a un moment où tu as dit “Il y a des choses que je ne pourrais pas faire aujourd’hui”. Est-ce que tu regrettes l’époque où c’était pas aussi médiatisé ?

Il y a une photo où je fais un doigt d’honneur à un supporter niçois. Aujourd’hui je ne peux pas me permettre de faire ça. Ca ferait le tour des réseaux sociaux. Faut faire très attention, parce que quand on répète un mensonge ça a tendance à devenir une vérité. C’est souvent le cas sur ces réseaux.

Cela te tenait à cœur de raconter ton histoire à travers un livre ? Comptes-tu en faire un documentaire à l’avenir ?

Pour le documentaire, franchement je recherche pas forcément ça. Mais après si on me propose un truc de qualité, ça pourrait être génial.

Peux-tu nous expliquer le titre de ton livre “Sans filet” ?

Parce que le gardien joue sans filets. Quand il fait une boulette il chute. C’est aussi par rapport à Spiderman. C’était un peu un petit clin d’œil.

J’ai une relation père-fils avec mes gardiens.”

Comment t’es venu l’idée de te déguiser en Spiderman ?

C’est pas moi. C’est l’équipementier Duarig qui faisait des maillots. A ce moment là, le film Spideman allait sortir. Donc ils ont décidé de faire une tenue spéciale. Moi je flippais un peu. Je leur ai dit “faites moi la cagoule et on verra” parce que je me disais qu’ils étaient pas capable de l’a faire. Et comme ils l’ont faite, j’était obligé de jouer avec. Avant Spiderman, on avait eu l’idée Darkvador. Et heureusement qu’on ne l’a pas fait, parce qu’on serait tombé dans la surenchère.

En ce qui concerne la MMA, tu es un grand fan de cette discipline. Tu regardes tous les combats ? Est-ce que ce sport a eu un impact sur ta carrière ?

Je regarde tous les matchs sans exception. Nan c’est un échappatoire. Mon métier ça a toujours été d’être footballeur. J’ai jamais essayé de mélanger les deux. Pour moi la MMA c’est un loisir, une passion quoi. J’en pratique mais j’ai jamais fait quelque chose qui pouvait nuire à mon métier.

Es-tu favorables à la légalisation des tournois en France ?

Si c’est légalisé, la discipline sera sous les gîtes du ministère. A partir de là, il faudra un diplôme pour pouvoir enseigner. Toutes les compétitions seront encadrées. Les enfants auront une vraie pédagogie pour apprendre ce sport.

Tu avais la possibilité d’entraîner les gardiennes de l’Equipe de France féminine. Mais tu as refusé pour une raison assez surprenante. Tu le regrettes aujourd’hui ?

Nan nan, la vraie raison c’est parce que j’étais sous contrat avec Auxerre. On m’a dit “Mais Jérémie, tu vas faire comment avec l’Equipe de France féminine, t’es hyper tactile avec tes gardiens en général”. Et en réfléchissant, je me suis dis que ça pouvais me dénaturer et me rendre moins performant. Moi mes gardiens, j’ai toujours eu l’habitude de leur faire des câlins, des bisous dans le cou avant la match. J’ai une relation père-fils avec mes gardiens. Et je me suis dis faire ça avec des femmes ça passe pas du tout. En faisant ça je peux la déstabiliser. Donc, on enlève concrètement une part de moi-même.

Le football ? C’est un engagement total, que ce soit tactique, technique, physique ou mental.”

Le meilleur gardien de Ligue 1 ?

Maignan.

Et en Europe ?

Ter Stegen et Ederson. Je les adore.

Tu dis souvent qu’un gardien a besoin d’enchaîner les matchs pour pouvoir être performant. Ce n’est pas le cas d’Aréola et de Buffon au PSG. Quel gardien doit jouer la saison prochaine ?

Si Buffon a fait cette erreur face à Manchester United, c’est à cause du manque de rythme. On ne peut pas être performant dans un grand match dans ces conditions. La saison prochaine ? Pour moi c’est Alphonse Areola. C’est l’avenir du PSG. Je respecterai toujours Buffon. Je lui arrive à son petit orteil. Je ne juge pas sa carrière mais plutôt ses performances actuelles. Après ça reste un formidable ambassadeur du football.

Messi ou Ronaldo ?

C’est deux extraterrestres mais je choisirais Ronaldo. Parce que le fait de se mettre en danger en changeant de club, c’est assez fort. J’aimerais bien voir Messi faire la même chose.

Pour toi c’est quoi la beauté du Football ?

Pour moi c’est un engagement total, que ce soit tactique, technique, physique ou mental. Et je peux prendre autant de plaisir en voyant Manchester City, avec son football offensif, qu’avec l’Atlético Madrid et son football défensif. Tu peux voir plusieurs styles et ça c’est beau. Il y a des équipes qui peuvent faire 40 passes sans marquer de buts. Et d’autres équipes qui subissent et en contre-attaque elles peuvent te tuer en une action.

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