Interview avec Eugenie Le Sommer : “Zidane est le joueur qui m’a le plus inspirée”

Alors que la Coupe du Monde 2019 approche à grand pas, Eugenie Le Sommer s’est confiée à La Beauté du Football. L’attaquante de L’OL évoque sa carrière et s’exprime sur certains sujets populaires dans le monde du football. A 29 ans, la lyonnaise a toujours une grande soif de titres.

Bonjour Eugenie, tout d’abord au niveau de ta formation, quand tu étais à l’AS Guermeur, voulais-tu absolument devenir professionnel ? Ça a toujours été un objectif ?

J’ai toujours voulu progresser et être la meilleure. Après, devenir professionnelle forcément. Même si à l’époque il n’y avait pas de professionnelle dans le foot féminin. Pour l’objectif c’était d’aller jusqu’en Equipe de France, de croire en mes rêves. Mais je ne pensais pas en faire un métier.

Tu as inscrit pas moins de 361 buts dans ta carrière, tu es aussi la meilleure buteuse de l’histoire des Fenottes avec 250 buts. A 29 ans, quelles sont tes objectifs personnelles pour la suite de ta carrière ?

En termes de statistiques, je n’ai pas vraiment d’objectifs. Le plus important pour moi c’est de gagner des titres, que ce soit avec mon club ou avec l’Equipe de France. C’est vrai qu’à mon poste, les performances ça passent par des buts et des passes décisives même si je ne regarde pas que ça.

Est-ce que le Ballon d’Or fait parti de tes objectifs ?

Je sais que je ne suis pas très loin des meilleures. Après, je n’en fais pas forcément un objectif personnel. Mais si je me donne les moyens d’y arriver, je serai récompensée. C’est pas le Ballon d’Or en lui-même qui m’attire, c’est plus le fait d’être la meilleure et de progresser chaque jour. Si j’ai la chance de figurer dans les trois meilleures joueuses, ça serait déjà bien.

La Coupe du Monde est plus difficile que la Ligue des Champions.”

La Ligue des Champions, c’est toujours un bonheur de soulever ce trophée ? Ou c’est lassant au bout d’un moment ?

Forcément c’est toujours un bonheur de soulever la Ligue des Champions. C’est quand même une grande compétition. Même si Lyon l’a remporté à 5 reprises, on ne s’en lasse jamais.

C’est considéré comme un échec si l’Olympique Lyonnais ne remporte pas la Ligue des Champions à la fin de la saison ?

Oui c’est considéré comme un échec, parce qu’au  tout début de la saison on nous montre les objectifs à atteindre. Notre but, chaque saison, est de remporter tous les trophées.

Quel est le plus beau souvenir de ta carrière ?

Mon plus beau souvenir avec l’Equipe de France c’était en 2011. Quand on se qualifie pour les demi-finales de la Coupe du Monde en éliminant l’Angleterre 4 tirs au but à 3 (1-1 a.p.) en quarts de finale. C’est la première fois de son histoire que l’Equipe de France passe les quarts de finale d’une Coupe du Monde, donc c’était magique. Avec Lyon, c’était lors de la première Ligue des Champions remportée en 2012. J’étais jeune et je découvrais le haut niveau depuis peu. Donc cette victoire avait forcément une saveur particulière.

Du 7 juin au 7 juillet 2019, aura lieu la Coupe du Monde de football féminin. Est-ce qu’une victoire de l’Equipe de France serait plus importante que les cinq Ligue des Champions que tu as remportée avec l’OL ?

On m’a déjà posé la question (rire). La Coupe du Monde a une valeur particulière, c’est vraiment quelque chose d’extraordinaire. Je mets la Coupe du Monde au-dessus de tout parce que c’est un événement planétaire, c’est connu dans le monde entier. C’est l’événement le plus suivit chez les garçons mais chez les filles ça reste tout de même quelque chose d’énorme.

Tu penses que la Coupe du Monde est plus difficile que la Ligue des Champions ?

Oui la Coupe du Monde est plus difficile parce qu’il y a de très bonnes équipes. Et cette année encore plus, car il y a plus de potentiels vainqueurs.

Tu penses que l’Equipe de France est prête avant d’aborder la Coupe du Monde ? Ça fait quoi de voir la France organiser cette compétition ?

On est sereine et on a hâte de débuter la compétition. On sait que ça va arrive très vite donc il faudra être au top physiquement et mentalement dès le premier match. C’est impressionnant de voir que la France organise le plus grande compétition de football. Ce genre de chose, ça n’arrive qu’une seule fois dans une vie. C’est une opportunité qui se présente rarement. On va en profiter un maximum et tout faire pour ne rien regretter.

Quelle est l’équipe que tu redoutes le plus dans la compétition ?

Cette année, je trouve qu’il y a énormément d’équipe qui ont la capacité d’aller jusqu’au bout. Mais l’équipe la plus impressionnante, c’est les Etats-Unis. Elles sont championnes du monde en titre, donc elles ont une grande expérience dans ce tournoi.

Que penses-tu du groupe dans lequel est tombé l’EDF ?

Même si la France est favorite sur le papier, nous n’avons pas le droit de sous-estimer qui que ce soit. En ce qui concerne la Norvège, ce sont des joueuses qui ont un physique imposant. Pour le Nigéria, on les avait battus 8-0 lors du dernier match, mais c’est la Coupe du Monde et toutes les équipes se transcendent, ils veulent représenter au mieux leur pays. On est dans un tout autre contexte. Dans le cas des coréennes, c’est une équipe qui se débrouille bien aussi. On peut se faire sortir comme remporter tous les matchs et finir en tête du groupe.

Martin Solveig ? C’est vrai que c’est dommage d’entendre de tels propos dans ce genre de cérémonie.”

Ada Hegerberg c’est une coéquipière mais aussi une amie. Peux-tu nous parler de ta relation avec elle ? On sait que vous entretenez des liens particuliers. Peux-tu nous parler de sa maturité ?

C’est une agréable rencontre. Elle est arrivée très jeune à Lyon et on a senti tout de suite qu’elle était très mature. Ada jouée déjà en Allemagne avant et était partie très tôt de chez elle. Elle s’est intégrée super vite au sein de l’effectif.

Ada Hegerberg a pris sa retraite internationale avec la Norvège et ne participera pas à la Coupe du Monde. Tu en penses quoi ?

Pour Ada la Norvège ne mettait pas tous les moyens pour y arriver et réussir. Elle ne voulait pas continuer comme ça et voulait être honnête avec elle-même. Sa décision n’est pas définitive, elle reviendra si elle sent que la fédération norvégienne a l’envie de progresser avec le football féminin. Pour l’instant ce n’est pas le cas. C’est ses raisons à elle. Moi j’ai trouvé ça très courageux de sa part. Je ne sais pas si j’aurais été capable de le faire à son âge.

Dans le vestiaire, est-elle vue comme un exemple et un symbole de la cause féminine ? As-tu été choquée des propos tenus par Martin Solveig à son encontre ?

Oui c’est sûr. Au début Ada n’était pas trop comme ça. Après elle s’est sentie obligée de montrer qu’avec son Ballon d’Or, elle redore l’image du football féminin. Au vue de son âge et prouver de telles choses, c’est forcément un exemple pour beaucoup de monde. En ce qui concerne les propos de Martin Solveig, c’est vrai que c’est dommage d’entendre de tels propos dans ce genre de cérémonie. La cérémonie n’a pas été bien organisée. Martin Solveig n’est pas un animateur et n’a pas été préparé pour ce genre d’événement. Et cette réflexion a forcément pris le dessus sur les réseaux sociaux. Alors que c’était un moment important pour le football féminin.

Comment vois-tu le football féminin aujourd’hui ? A-t-il eu une grande évolution ? Et est-ce que tu penses qu’il y a encore du chemin ?

Le football féminin a réellement progressé. En peu de temps il a obtenu de la légitimité et est plus médiatisé. Le chemin à parcourir, ça sera le combat des préjugés sur notre profession. Sur le fait que les filles ne sont pas faites pour jouer au football. Quand ce genre de remarque disparaîtra, on pourra dire que le foot féminin est reconnu à sa juste valeur.

Le joueur qui m’a le plus inspirée c’est Zinedine Zidane.”

Quel est l’impact du président Jean Michel Aulas dans le foot féminin en général ? C’est un président proche de ses joueuses ?

On le critique beaucoup, mais c’est un président formidable. C’est impressionnant de pouvoir construire une grande équipe à l’échelle masculine et à l’échelle féminine. C’est un grand businessman et aussi un visionnaire et c’est ce qui fait sa force. Rien ne lui échappe, tout simplement.

C’est quoi la beauté du football pour toi ?

La beauté du football c’est le beau jeu. Le fait que des petites équipes peuvent battre des grandes équipes. C’est l’un des seuls sports où l’on peut voir ce genre de chose. Le football c’est un sport populaire. Il a un impact sur notre société et rassemble les gens.

Quel est le joueur ou la joueuse qui t’as le plus inspiré ?

Le joueur qui m’a le plus inspiré c’est Zinedine Zidane, parce que c’est de ma génération. Je l’ai suivi dans chaque club avec lesquels il a évolué. Aujourd’hui, j’essaye de m’inspirer de certains joueurs qui évoluent dans le secteur offensif. Je pense par exemple à Antoine Griezmann ou encore Eden Hazard. Je m’inspire de leurs gestes, de leurs mouvements. Pour ensuite refaire la même chose en match.

Alors dernière question, tu es plutôt Ronaldo ou Messi ?

Joker ! (rire). Nan plus sérieusement, je trouve que Lionel Messi représente le talent. Il peut faire des choses incroyables avec le ballon. Cristiano Ronaldo est un grand travailleur, il ne cesse de se fixer des objectifs. Donc c’est assez compliqué de faire un choix entre ces deux joueurs.

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