Interview : Alexandre Ruiz, porte-drapeau de beIN Sports

Figure emblématique de beIN Sports depuis 2012, Alexandre Ruiz a su s’imposer comme une référence dans le milieu du journalisme sportif. 

Shooting BeIn Sport - Costume
Shooting BeIn Sport – Costume

Avant de débuter votre riche carrière de journaliste vous avez obtenu un diplôme de lettres puis êtes passé par l’école de journalisme de Toulouse. A ce moment-là votre ambition était-elle déjà de vous spécialiser dans le sport ? Etait-ce une passion ?

J’ai suivi une formation générale car ce qui m’intéressait était de rendre l’information aux gens, même si l’objectif premier n’était pas forcément d’aller vers le sport. Il s’agit en effet d’une passion qui m’a toujours animé, particulièrement pour ce que cela véhicule. Je trouve que les antres sportives reflètent assez bien la vie en société. Je prends souvent l’exemple du football car dans un stade, on trouve à la fois des chômeurs et des chefs d’entreprise en tribunes. On peut faire face à différents types de problèmes : aussi bien économiques que des problèmes de solidarité, de racisme ou de violence. Tout cela étant très condensé sur heure et demie. J’ai toujours aimé le sport car d’une certaine manière, c’est ce qui me permettait de dénoncer ou de souligner ces faits de société. De plus, j’ai commencé ma carrière quand le foot était porté par Canal+, que je voyais comme une terre promise. Je devais à tout prix accéder à cette chaîne et j’ai eu la chance de pouvoir y poser pied assez rapidement.

Justement, on peut dire que vous avez fait vos gammes à Canal+.  Vous y êtes resté jusqu’en 2008. Durant cette période vous avez notamment côtoyé le regretté Thierry Gilardi, commentateur très apprécié des français. Que retenez-vous de ces années passées à ses côtés ? A-t-il été une sorte de mentor pour vous ?

Un seul mot me vient à l’esprit : merci ! C’est lui qui m’a permis d’entrer à Canal+, il a été le phare qui m’a guidé vers cette terre promise. Dès mes débuts, j’ai eu la chance qu’il me prenne sous son aile et qu’il me forme. Je me suis senti extrêmement privilégié. Les années ont passé et je suis bien entendu le premier à regretter sa disparition. Même après son départ pour TF1, nous étions toujours en contact et je le voyais très régulièrement. Aujourd’hui je pense être parvenu à forger ma propre patte, ma propre identité de journaliste, mais elle reste balisée par tout ce qu’il m’a appris, que ce soit sur le fond ou sur la forme. Je me retrouve beaucoup dans ce que Thierry faisait.

Comme lui, vous avez longtemps exercé au poste de commentateur. Est-ce quelque chose qui vous manque aujourd’hui ?

Non, je dirais qu’i il y a un temps  pour tout. J’ai fait beaucoup de commentaires à Canal+ quand je m’occupais de la liga espagnole, mais aussi en arrivant à beIN. Nous étions une petite équipe et il fallait faire beaucoup de choses. Aujourd’hui, cela ne me manque pas car ce que je fais me suffi amplement. C’est vrai qu’une ou deux fois dans l’année je prends plaisir à commenter un match. D’ailleurs j’y reviendrai peut-être un jour car j’adore ça. Mais être en quelques sortes le porte drapeau de beIn via les créneaux que la chaine m’octroie me satisfait largement. Je trouve un accomplissement plein et total dans ce que je fais actuellement. Les émissions que je présente me correspondent tout à fait.

Vous êtes né à Casablanca au Maroc. Même si vous n’y avez pas grandi, est-ce que vous gardez un lien particulier avec ce pays ? Est-ce que vous suivez le football marocain par exemple ?

J’ai un lien fort avec le Maroc, qui est avant tout un lien culturel. Je n’ai pas eu la chance d’y grandir car j’ai quitté le pays à l’âge de deux ans, mais mes parents ont toute leur vie là-bas. Après avoir fui la dictature franquiste en Espagne, ils s’y sont mariés, y ont eu leurs enfants. Ils sont donc culturellement imprégnés des saveurs, des couleurs marocaines. Tout cela, ils me l’ont transmis, et le Maroc m’attire surtout pour cet héritage. Toutefois je ne porte pas un regard assidu sur l’actualité sportive du Maghreb. Il m’arrive de regarder les matchs de l’équipe nationale, car le sélectionneur Hervé Renard est un ami et j’apprécie suivre son évolution. Mais je dois bien reconnaitre que je ne suis pas le championnat marocain comme je pourrais suivre la Ligue 1 ou d’autres compétitions européennes.

En 2005 vous avez été victime d’un grave accident de voiture en marge d’une rencontre que vous deviez commenter à Troyes. Dans une interview à Paris Match, vous avez évoqué un état de mort cérébral, en soulignant que les médecins ne vous donnaient que 5 % de chance de survie. Est ce que cet événement tragique a eu une influence sur la suite de votre carrière, dans votre manière de concevoir la vie de manière générale  ?

Pas sur ma carrière, car la carrière fait partie de la vie et il ne faut pas délimiter cela à une vision professionnelle. C’est toujours délicat de trouver les mots pour exprimer mon ressenti après cet accident. D’une manière générale, je pense que l’homme avec un petit « h »  a une notion de la vie et de l’existence qui peut être parfois soulignée plus tard que chez la femme. La femme donne la vie, et je crois qu’elle intègre cette notion plus rapidement, que cela se fasse consciemment ou inconsciemment. A contrario je crois que l’homme ne réalise la petitesse de l’existence qu’après un certain âge. En ce qui me concerne, j’ai eu un rapport avec la mort assez vif dès mon plus jeune âge. Il s’est trouvé renforcé après cet accident. J’ai eu beaucoup de chance. A ce moment-là, j’ai pris pleinement conscience de ce que représentait l’existence, ce qui me permet aujourd’hui de jouir pleinement de la vie. Cela ne m’a donc pas changé en tant que tel, mais m’a peut-être permis d’évoluer plus vite en tant que personne.

FOOTBALL : Emission Coupe du Monde - Bein Sport - 12/05/2014

Par la suite, vous vous êtes spécialisé dans le football espagnol, et les téléspectateurs peuvent  encore aujourd’hui constater votre affection pour la Liga sur les antennes de beINSport. Peut-on expliquer cet attrait de part vos origines ibériques ?

Cela ne fait aucun doute. J’ai la chance d’avoir la double nationalité franco-espagnole et j’en suis très fier. Mes grands-parents ont eu des vies dures, belles aussi et pleine de joies mais très difficiles. Ils ont porté des valeurs morales importantes pour moi, notamment après la guerre civile. C’est ce qui m’a naturellement porté vers le foot espagnol quand je suis arrivé à Canal, et c’est aussi ce qui m’a permis d’y entrer grâce à un bilinguisme précieux. Pour autant, je fais aujourd’hui très attention à ne pas construire une émission uniquement autour de cette appétence. Bien entendu je la cultive, nous ne sommes pas des robots et j’estime qu’il est bon d’avoir une incarnation propre, marquée et différenciée, que cela plaise ou non. Il se trouve que l’émission du lundi commence toujours par la Liga, non pas parce que je le décide mais parce que les meilleures équipes de la planète se trouvent dans ce championnat. Je privilégie le championnat espagnol uniquement si l’actualité me l’impose. 

A ce propos, à titre personnel, vous êtes plutôt Barça, Real ou Atletico ?

Mon coeur dirait le Real Madrid. J’ai grandi durant la période qu’on appelait la Quinta del Buitre, avec des joueurs comme Butragueno, Michel, Sanchis ou Martin Vazquez. Cette jeunesse madrilène s’est illustrée pendant les années qui m’ont porté. Donc j’étais plutôt madrilène, même si mon bassin  familial est andalou.

Cette année vous avez relancé le concept du Guide du Football en publiant le nouveau guide 2016/2017, qui s’est d’ailleurs très bien vendu. Pourquoi avoir attendu près de huit ans pour écrire un nouveau livre, après les succès des éditions 2007 à 2010 ?

Les trois premières éditions ont effectivement très bien marché, et j’en étais très heureux. C’était un rêve de gosse. Je lisais et collectionnais les guides espagnols de Marca et de As que tout le monde s’arrachait à l’époque. Et je me suis toujours dit que si j’arrivais un jour dans ce métier, j’écrirais aussi un livre de ce type. J’ai eu cette opportunité en 2006 mais malheureusement, j’ai dû arrêter la publication après trois années pour des raisons sociales. Je m’étais fait la promesse de relancer ce concept en préservant la licence. Chose faite cette année, et j’en suis très heureux. D’ailleurs, je travaille déjà sur le prochain exemplaire. Il sera beaucoup plus riche, plus musclé et plus complet, dans la teneur des premiers que j’avais beaucoup potassés.

Vous prenez rarement position lorsque vous présentez une émission ou un match mais on se souvient de ce « coup de gueule » pendant l’Euro 2016 en marge des affrontements qui ont eu lieu pendant la rencontre Angleterre-Russie. Qu’est ce qui vous a poussé à réagir ce jour là ?

Comme je l’ai dit précédemment, le rôle du journaliste est d’informer mais aussi de savoir dénoncer certains faits de société. Or, nous avons ici l’exemple quasi parfait de l’illustration des problèmes sociétales à travers le foot. Les débordements auxquels j’ai assisté lors du match Angleterre-Russie étaient indignes du football, indignes du sport et d’une compétition comme l’Euro. Ma mission de journaliste est aussi de dénoncer cela. En tant qu’homme, j’ai été bouleversé par ce que j’ai vu en tribunes à 5 mètres de moi. Il y avait des enfants, des personnes âgées au milieu d’individus bien décidés à saccager tout ce qu’ils pouvaient. Je n’avais plus du tout envie de parler foot à ce moment-là, j’ai donc rendu l’antenne à Paris afin que les téléspectateurs prennent conscience de la gravité de ce qui était en train de se produire. C’est aussi une liberté que nous avons à beIN. Je n’ai jamais eu de consignes ou de retours négatifs liés à une décision qui n’aurait pas plu. Je joui d’une liberté d’écriture appréciable et c’est pour cela que je n’ai pas hésité à m’exprimer et à agir de la sorte.

Emilien DIAZ – Interview réalisée le 8 février 2017 dans les locaux de beIN Sports France. 

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