France (0-1) Portugal : Le triomphe du football pragmatique au détriment du "beau jeu"

Gueule de bois en ce lundi 11 Juillet, la France ne remportera pas le troisième Euro de son histoire après s’être inclinée en finale (1-0) face au Portugal. Auteurs d’un parcours quasi parfait jusqu’en finale, les hommes de Didier Deschamps ne réaliseront pas l’exploit d’offrir à leurs supporters une quatrième grande compétition à domicile, après les victoires de 1984, 1998 et 2000. Retour sur une soirée de rêve qui a viré au cauchemar.

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Le match : c’était une finale, les français l’ont abordée “comme des bleus” 

Dans le football, dominer n ‘est pas gagner, les bleus en on fait l’amère expérience hier soir et regretteront longtemps leur manque d’efficacité face à des lusitaniens certes peu joueurs, mais ultra réalistes. Tout avait pourtant bien commencé pour l’Equipe de France, soutenue par des millions de français et qui faisait figure de favorite après sa victoire face aux champions du monde allemand au tour précédent (0-2). Dans un 4-2-3-1 inchangé depuis les quarts de finale, les bleus ont entamé la rencontre tambour battant, en témoigne l’incroyable occasion d’Antoine Griezmann (9ème) très bien servi par Dimitri Payet mais qui a vu sa tête claquée par les gants d’un Rui Patricio des grands soirs. Alors qu’il n’avait encaissé qu’un seul but depuis la phase de poule, le gardien du Sporting a tout simplement écœuré les attaquants français de la première à la 120ème minute. Il est incontestablement l’un des principaux artisans du sacre des Portugais, qui ont bien cru voir le sort s’acharner sur eux quand leur star Cristiano Ronaldo a dû sortir prématurément, touché au genou à la 24ème minute de jeu. Non sans rappeler un soir de Juillet 2004, le joueur du Real Madrid a quitté la pelouse en larmes, sous les applaudissements du Stade de France. Privés de leur principal atout, les lusitaniens ont logiquement appliqué une stratégie ultra-défensive, la même qui leur a permis d’arriver jusqu’en finale en gagnant un unique match dans le temps réglementaire (2-0 face au Pays de Galles). Avec un bloc compact et bien organisé, le Portugal a donc laissé le jeu et la possession aux français, qui ont largement dominer la première période. Monstrueux, Moussa Sissoko était dans tous les bons coups. Auteur de 7 tirs, le joueur de Newcastle s’est créé trois énormes occasions tout seul mais a toujours buté sur un Patricio en étant de grâce.

Petit à petit et dans une rencontre manquant cruellement de rythme, les bleus se sont laissés endormir par l’équipe de Fernando Santos, qui a appliqué son plan défensif à la lettre. Le sélectionneur portugais a également pu compter sur une charnière centrale PepeFonte exceptionnelle toute la rencontre. Les deux arrières ont su, par leur physique et leur expérience, limiter le potentiel offensif des bleus en empêchant parfaitement Antoine Griezmann de s’exprimer. Le défenseur du Real Madrid a d’ailleurs été élu homme de la rencontre. Olivier Giroud (10è, 75è) et Moussa Sissoko (34è, 84è) ont bien tenté de faire sauter le verrou portugais, mais la réussite n’était pas au rendez-vous en ce dimanche soir. André-Pierre Gignac a cru sauver les siens à l’ultime seconde du match, mais sa frappe à ras de terre a heurté le poteau de Rui Patricio avant de s’éloigner des filets en passant devant Griezmann, impuissant… comme un présage que cette soirée n’allait pas être celle de l’Equipe de France. La suite vous la connaissez : les bleus ont souffert en prolongations, cet exercice devenu si habituel pour les coéquipiers de CR7 qui se sont qualifiés à la 117ème minute face à la Croatie et aux penaltys contre la Pologne. Fatigués, Laurent Koscielny et Samuel Umtiti ont eu plus de mal à défendre, ils ont été secoués après l’entrée d’Eder et ont inévitablement craqué à la 109ème minute. Le joueur du LOSC est venu crucifier Hugo Lloris d’une frappe des 20 mètres, éteignant le stade de France pour le reste de la soirée. C’était écrit, vaincu à domicile lors de l’Euro 2004, le Portugal devait prendre sa revanche 12 ans plus tard à St Denis, chez le voisin français. Une cruelle déception pour des bleus qui ont touché leur rêve de tout près.

L’analyse : la victoire du jeu “dégueulasse”, mais une victoire quand même

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On est dégueulasse mais on est en demi-finale” : telle était la phrase la plus tweetée       après la qualification du Portugal face à la Pologne. Troisièmes de leur poule avec seulement 3 pts, les lusitaniens n’ont jamais réellement convaincu dans le jeu au cours de cet Euro et ont profité d’un nouveau système à 24 équipes pour se hisser en huitièmes de finale. Match après match, prolongations après prolongations, les hommes de Fernando Santos ont finalement su tirer leur épingle du jeu pour sortir de la moitié de tableau dite “facile” et rallier le Stade de France. Avec un jeu défensif basé sur la contre-attaque, le Portugal n’a pas joué, mais a su faire déjouer tous ses adversaires, de la brillante Croatie en huitièmes à l’Equipe de France en finale. Ce jeu décousu, cette volonté de laisser la balle à l’adversaire, les lusitaniens l’ont toujours assumée et c’est finalement ce qui leur a permis de décrocher le premier titre international de leur histoire. Hier soir, les bleus se sont retrouvés dans la situation inverse de la demi-finale face à la Mannschaft : c’étaient à eux de prendre les devants, à eux de faire le jeu et de mettre le pied sur le ballon, chose que le Portugal a toujours refusé de faire, de manière encore plus prononcée après la sortie de Cristiano Ronaldo. Cette configuration n’a pas réussi aux hommes de Didier Deschamps ; maîtres du jeu et de la possession, Payet et consorts n’ont pas été absents, mais bien moins tranchants et efficaces que lors des dernières rencontres. “Comme des bleus”, nous sommes finalement tombés dans le piège tendu par le Portugal, et pourtant tout le monde en conviendra, nous étions prévenus.

Oui, le sacre portugais fait tâche par rapport à la compétition dans son ensemble, mais il n’est pas immérité, loin de là. S’ils n’ont pas été brillants et qu’ils n’ont inscrit que 8 buts en 7 rencontres, les coéquipiers de Nani ont eu le mérite de ne pas perdre. Evidemment, nous aurions tous préféré voir une équipe prônant le “beau jeu” championne d’Europe, mais il n’en a rien été. L’Allemagne, l’Espagne ou même la France (victorieuse 5-2 contre l’Islande) ont satisfait dans le jeu et donné du plaisir aux spectateurs, mais il était écrit que cet Euro 2016 signerait la victoire du pragmatisme. Cette façon de refuser le jeu pour mieux contrer n’est pas nouvelle dans le football moderne, bien au contraire. Souvenez-vous le Chelsea de Di Matteo, champion d’Europe en 2012 après avoir “garé le bus devant les cages” comme on pouvait le lire dans la presse. Dans une moindre mesure, c’est également le jeu prôné par l’Atlético Madrid depuis plusieurs saisons, et le football “défensif” en est devenu diablement efficace puisque les Colchoneros ont atteint la finale de la C1 à deux reprises en 3 ans. Certes, le beau football n’a pas triomphé en 2016, mais on ne peut pas en vouloir à des Portugais qui ont su s’adapter et faire avec leurs armes, alors que le sort avait décidé de leur retirer la plus précieuse en la présence de Ronaldo.

Il reste donc du travail à nos bleus avant d’atteindre le Graal absolu. Il faudra préparer la Coupe du Monde 2018 efficacement afin de mieux gérer ce type d’opposition et d’éviter de nouveaux pièges, mais globalement, le bilan reste plus que positif. La génération Griezmann et Pogba est encore jeune et prometteuse, cela ne fait aucun doute, l’avenir finira par lui sourire. 

Emilien DIAZ

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