FIFA : L'arbitrage vidéo, un outil perfectible qui ne fait pas l'unanimité

Longtemps évoqué, l’arbitrage vidéo a été inauguré pour la première fois en France mardi soir, au Stade de France, à l’occasion du match amical des Bleus face à l’Espagne. L’arbitre de la rencontre Felix Zwayer a eu recours au fameux outil à deux reprises durant l’opposition où la Roja a fini par s’imposer (0-2). En effet, l’arbitre s’est appuyé sur la vidéo pour refuser un but d’Antoine Griezmann entaché d’un hors-jeu et valider en deux temps un but espagnol initialement signalé hors-jeu à tort. Cette innovation qui sera de plus en plus testée au fil du temps présente des points positifs mais également des points négatifs. Retour sur l’utilisation perfectible de cet outil qui reste très controversé dans le milieu du football.

(©AFP FRANCK FIFE)
(©AFP FRANCK FIFE)
La FIFA plutôt satisfaite. 

A l’image du secrétaire général adjoint de la FIFA, Zvonimir Boban, responsable du secteur qui dirige la réforme des règlements techniques, cette première expérience réalisée au Stade de France est selon lui réussie puisqu’elle a clairement influé sur plusieurs faits de jeu.

C’est une bonne chose que les associations membres procèdent à des tests en collaboration avec l’IFAB (en charge des lois du jeu), a souligné l’ancien milieu croate. Cela nous donne encore plus d’informations concrètes. Nous savons qu’il y aura d’autres expériences, qui ne seront peut-être pas aussi positives. Mais ce test nous a montré, une fois de plus, que l’utilisation d’arbitres assistants vidéo rendra certainement le jeu plus honnête.»

Pascal Garibian, ancien arbitre et désormais responsable de l’arbitrage à la Fédération française, précise mercredi au lendemain de la première expérimentation du dispositif, qu’il faudra bien évidemment plusieurs points de comparaison et tester l’arbitrage vidéo sur du long terme lors de nombreux autre matchs pour juger l’impact ainsi que la pertinence de cet outil. «Il faut vraiment un nombre important de matches pour juger. Ce n’est pas un hasard si la FIFA et l’IFAB (International Football Association Board) ont demandé deux ans d’expérimentation. Le match était une étape parmi d’autres pour faire avancer cette expérimentation», relève l’ex arbitre français. Il enchaîne et insiste sur l’influence de la vidéo à propos des deux décisions qui ont pu maintenir l’équité du match «sans ambiguïté» et «dans un temps plutôt court». L’essence même du spectacle sportif est primordiale et l’intéressé assure que l’arbitrage vidéo sera instauré «s’il aide les arbitres tout en préservant l’émotion, l’intensité et la fluidité du spectacle. Aujourd’hui la ligne de conduite, c’est qu’il y ait le minimum d’interférence».

Vers plus d’équité sportive ?

La vidéo permettra aux corps arbitraux de lutter contre les injustices afin de rétablir l’équité et l’honnêteté du sport. La rencontre de mardi en est l’illustration parfaite puisque grâce à ses assistants confortablement installés dans un van à l’extérieur de l’enceinte de Saint-Denis, l’arbitre du soir a pu revenir sur sa décision et refuser le but des Bleus (Kurzawa se trouvait en position de hors-jeu au moment de servir Griezmann) et valider le deuxième but des Espagnols (initialement refusé pour une position de hors-jeu inexistante). Une quarantaine de secondes, c’est le laps de temps qu’il a fallu aux deux assistants de l’arbitre principal pour valider ou non les décisions prises par ce dernier. Ce système a donc déjà prouvé tout son impact au cours de cette opposition amicale et sous entend que son utilisation lors de grandes compétitions telles que la Coupe du monde ou l’Euro serait bienvenue et déterminante. «Je pense que la vidéo va aider le foot, ce sera utile car ça apporte de la précision», a avoué Tiémoué Bakayoko, le milieu monégasque des Bleus.

(©AFP CHRISTOPHE SIMON)
(©AFP CHRISTOPHE SIMON)
Et la beauté du spectacle ?

Le football est un sport populaire qui déchaîne les passions, qui permet aux acteurs, spectateurs et téléspectateurs de vivre des émotions, d’assister à un spectacle humain. L’arbitrage vidéo ne constitue-t-il pas un risque de gâcher fondamentalement les fondements de ce sport ? Il faut être clair, cette aide sera un véritable ascenseur émotionnel. De l’exultation d’un but ou d’un penalty sifflé à une brutale déception en cas d’inversement de la décision, ou bien la célébration d’un but confirmé en deux temps après vérification, les émotions ne seront pas aussi naturelles et spontanées qu’à l’accoutumé. Les plus émotifs devront être costauds mentalement. «Ce n’est pas déstabilisant, mais c’est chiant parce qu’il faut attendre pour célébrer le but. Mais tant que c’est pour aider l’arbitre, tant mieux pour lui. Je ne suis ni pour ni contre, s’ils ont envie de la mettre, ils la mettront» avoue Antoine Griezmann au terme de la rencontre. Même son de cloche pour l’autre attaquant français de l’Atlético Madrid, Kevin Gameiro qui admet que «Ça casse un peu la beauté d’un match». Les positions de hors-jeu, les tirages de maillot, les fautes de main, les faits de jeu sont nombreux dans un match de football et ouvrent le débat des limites du champ d’action de la vidéo. Le but n’étant pas de déresponsabiliser totalement les arbitres, Pascal Garibian confirme cet aspect de l’outil phare en précisant que «Le projet doit conserver une dimension humaine. Les arbitres doivent conserver leur expertise. La philosophie de l’assistance vidéo, c’est qu’il ne doit servir qu’à corriger une décision clairement erronée».

L’expérimentation de l’arbitrage vidéo est prévue jusqu’en 2018 afin de déterminer ou non si cette assistance sera instaurée pour le Mondial en Russie. En tout cas, le président de la FIFA, Gianni Infantino souhaite clairement mettre en place ce dispositif. Il ne fera surement pas l’unanimité. Entre ceux qui acceptent les éventuelles injustices qui peuvent se produire lors d’un match pour prôner le naturel et le spectacle et ceux qui veulent adopter cette aide pour rétablir l’équité et l’honnêteté d’un résultat, l’arbitrage vidéo semble être un débat sans fin.

Guillaume Etienne

 

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