EURO 2016 – L'Equipe de France en finale : déjà une réussite ?

Eux l’annonçaient, peu y croyaient, pourtant les bleus sont parvenus à se hisser en finale de leur Euro au terme d’un match épique face à l’Allemagne (2-0), une rencontre qui restera sans nul doute comme la plus belle victoire française de ces dix dernières années. Auteurs d’un parcours quasi parfait, les bleus affronteront donc le Portugal dimanche soir au Stade de France pour tenter de décrocher le troisième sacre européen de leur histoire après 1984 et 2000. Avec cette place en finale, peut-on déjà considérer cette compétition comme une réussite ? 

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Un tableau plutôt clément : 

L’Equipe de France n’a encore affronté aucune grosse nation” : telle était la phrase favorite des sceptiques avant la demi-finale face aux champions du monde allemands. On ne pourra plus en dire autant après la démonstration française hier soir au Stade Vélodrome, où les bleus ont maîtrisé leur sujet de la première à la 94ème minute. En tant que pays hôte de la compétition, la France était assurée de figurer parmi les têtes de série et donc de s’éviter un huitième de finale complexe en finissant première de sa poule. Mais les hommes de Didier Deschamps ne s’attendaient sans doute pas à être aussi chanceux lors du tirage au sort : non seulement le tirage fut clément en héritant de la Suisse, la Roumanie et l’Albanie, mais l’organisation du tableau final a également souri aux bleus. En effet, l’Equipe de France, logiquement placé dans le Groupe A, devait être la nation chanceuse qui affronterait le vainqueur de l’unique huitième de finale voyant s’affronter deux “deuxièmes”. Toutefois, l’incroyable parcours du Pays de Galles (premier du Groupe B) en a décidé autrement, et c’est l’Angleterre qui, sur le papier, laissait présager un superbe derby en 1/4 de finale. Finalement vaincus par l’Islande, 34ème nation FIFA, les hommes de Roy Hodgson ont donc quitté la compétition prématurément, pour le plus grand bonheur des coéquipiers d’Antoine Griezmann. Finalement, la France se retrouvait en demi-finale de son Euro sans avoir affronté une seule nation du top 10 mondial, la Suisse étant l’adversaire le mieux classé, au quinzième rang FIFA. Il semblait donc plutôt logique de voir le pays hôte à ce stade de la compétition, et toute autre issue aurait bien évidemment été considérée comme un échec. Mais les bleus ne sont plus seulement en demi, ils sont en finale !

Un match référence :

N’ayons pas peur de le dire, une autre compétition a débuté pour les bleus après l’écrasante victoire (5-2) contre l’Islande, surprise de cet Euro 2016. La rencontre contre l’Allemagne devait être LE match à ne pas manquer, cette rencontre cruciale qui pouvait permettre aux français de basculer dans une autre dimension en s’offrant une finale à domicile. “Même s’il faut mourir sur le terrain, il faut le faire, il faut faire plaisir à tous nos supporters” avait dit Patrice Evra à la mi-temps du match contre l’Irlande, où les bleus étaient alors menés 1-0 avant de renverser la situation en seconde période. Le défenseur de la Juventus Turin a probablement tenu un discours similaire avant la “revanche” face aux allemands, bourreaux des Bleus lors de la Coupe du Monde 2014 et que nous n’avions plus battus en compétition officielle depuis 58 ans. Avec un Antoine Griezmann auteur d’un doublé et héro du peuple tricolore, ces bleus ont réussi l’impensable en venant à bout de la “meilleure équipe du monde”, comme Didier Deschamps aime qualifier la mannschaft. L’équipe de France a signé le match référence dont elle avait besoin, une performance XXL lui rendant toute sa crédibilité face aux meilleurs nations du globe et après 10 années difficiles, mêlant polémiques et performances inabouties (seulement deux 1/4 de finale à l’Euro 2012 et la CDM 2014). Hier soir, tout le monde avait oublié Knysna, le fiasco de 2008, ou encore l’affaire Benzema… Les Bleus ont retenu la leçon du Maracana, ils ont mûri, nous ont fait vibrer, nous ont donné l’impression de revenir en 2006, date de leur dernière finale internationale, et le plus important, ils ont définitivement retrouvé l’amour de leurs  supporters. En cela, oui, on peut dire que cette place en finale est une indéniable réussite !

Une finale ne se joue pas, elle se gagne :

https://www.youtube.com/watch?v=iLYFC2b5p64
 

Dimanche soir, 21H au Stade de France, les Bleus auront à cœur d’écrire une nouvelle page de l’histoire du football français, ou plutôt de la poursuivre. Vainqueurs de l’Euro à domicile en 1984 avec Platoche et en 2000 avec Zizou, que peut-il arrivés à l’Equipe de France de 2016 avec Grizou ? Échouer à ce stade de la compétition, qui plus est devant 70 000 supporters français serait bien entendu une immense déception, au moins similaire à celle vécue par le Portugal, défait en finale de son Euro contre la Grèce en 2004. Mesurés et la tête sur les épaules, les bleus l’ont tous dit dans les coulisses du stade vélodrome, ils ne comptent pas s’arrêter là et veulent aller au bout. “Je danserai si l’on gagne en finale” plaisantait Paul Pogba. “Il faut offrir ce titre à nos supporters” dixit Olivier Giroud, encore indispensable hier soir. Portée comme un symbole par Didier Deschamps, unique capitaine français à avoir soulever la Coupe du Monde, l’Equipe de France se doit de réussir cet exploit. Bien entendu, le parcours des bleus aura quoi qu’il en soit été positif et révélateur de la naissance d’un groupe, d’une équipe ; mais qu’il serait bon de la voir aller au bout de son rêve. Des blessures aux affaires extra sportives, rien n’a été épargné aux tricolores. Pourtant en deux années et depuis une soirée mémorable après la victoire contre l’Ukraine (3-0), l’ancien entraîneur de la Juve et de l’Olympique de Marseille a mené son équipe de mains de maître. Etre venu à bout de l’Allemagne en demi-finale suffit pour en témoigner, les bleus ont appris de leurs erreurs de la Pologne 2012 et de Rio, ils ont réussi face à la Mannschaft là où d’autres équipes de France s’étaient inclinées dans des circonstances proches. Se dresse désormais un dernier obstacle, pas forcément celui que l’on attendait : le Portugal, mené par un Cristiano Ronaldo gonflé à bloc et revanchard après l’échec de 2004. L’équipe de France aura une nouvelle opposition coriace dimanche soir, soyez-en certains.

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La plus belle réussite de Deschamps : son groupe 

Si de réussite sportive il n’y a pas ce 10 Juillet, Didier Deschamps aura tout de même réussi quelque chose de grand. Reconstruire une équipe de France compétitive et aimée de son public semblait mission impossible au lendemain de Knysna et après l’élimination à l’Euro 2012, où Laurent Blanc n’était pas parvenu à donner une identité à cette équipe, et encore moins à en gérer les individualités (affaire Nasri). Diplomate, excellent communicant et meneur d’hommes, l’ancien capitaine des bleus à guider son navire comme il l’entendait, en prenant ses responsabilités et en assumant des choix forts. “Je ne prends pas forcément les meilleurs joueurs, je veux construire le meilleur groupe possible, un groupe capable de vivre ensemble pour aller au bout” : telle a toujours été la philosophie de Dédé, qui n’a pas hésité à se passer des Benzema, Ben Arfa, ou encore de son protégé de toujours Mathieu Valbuena, après une saison catastrophique avec Lyon. Secondé par son adjoint Guy Stéphan, Deschamps a réussi là où personne n’avait réussi depuis Aimé Jacquet, pas même Domenech pourtant parvenu en finale de la Coupe du Monde 2006. Soyons réaliste, Raymond Domenech n’est jamais réellement parvenu à convaincre dans la gestion d’équipe, et le rhodanien avait surtout bénéficié du retour des cadres (Zidane, Makélélé, Thuram) pour emmener son équipe jusqu’en finale. Sélectionneur est un poste ingrat, frustrant et difficile : Del Bosque, Dunga et Hogdsson peuvent en témoigner puisqu’ils ont récemment fait les frais des contre performances de leur équipe. En première ligne, le sélectionneur est constamment pointé du doigt, tenu pour responsable et critiqué pour ses choix, c’est un fait. Pour autant, Deschamps a largement convaincu et a su faire face à ses prises de risques : il a imposé ses choix à un groupe, et au peuple français, n’en déplaise aux fans d’Hatem Ben Arfa. Il l’a encore démontré hier en choisissant de titulariser Umtiti et Sissoko : un choix payant, un de plus. Un groupe est né sous l’ère Deschamps, il a grandi petit à petit et mûri pour laisser place à une véritable équipe, cette même équipe qui a rendu fou les joueurs de Joachim Low un soir de Juillet 2016, au stade Vélodrome de Marseille.

France – Portugal – Finale de l’UEFA EURO 2016 – Dimanche – St Denis – 21H.

Emilien DIAZ

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