Pourquoi la célébration de Fékir divise ?

Artisan majeur de l’humiliation infligée aux stéphanois dans leur Chaudron, Nabil Fékir s’est prêté au jeu d’une des célébrations les plus piquantes du moment. Mais encore une fois, et comme trop souvent, en France, ça ne passe pas. Ainsi, acteurs du ballon rond, chroniqueurs et internautes se chamaillent autour d’un débat fantôme.

Pour conclure la douzième journée de Ligue 1, Saint-Etienne accueille dans son antre son éternel rival du Rhône, Lyon. Très vite, la supériorité des visiteurs se fait sentir et Memphis Depay ne tarde pas à ouvrir la marque, dés la 11ème minute. Le capitaine Nabil Fékir fait ensuite le break et Lyon rentre au vestiaire la tête haute. Un carton rouge plus tard et voilà les lyonnais déchaînés, écrasant les Verts sous une déferlante de buts. A la 87ème, tandis que l’ASSE, exténué, subit une énième offensive, l’international français récidive et porte le score à 5 buts à 0. Le derby fatidique vire à l’historique et pour offrir une illustration aux manuels de football, Fékir retire son maillot et le brandit devant le kop stéphanois.

Le capitaine lyonnais a inscrit un doublé sur la pelouse de Geoffroy Guichard ce dimanche.
Le capitaine lyonnais a inscrit un doublé sur la pelouse de Geoffroy Guichard ce dimanche.

Dégénérescence programmée

Vexés et à bout de nerf, les supporters réagissent et envahissent le terrain. Un, puis deux, puis trois… et en quelques minutes, la pelouse de Geoffroy Guichard se remplient d’une cinquantaine d’invités inattendus. La sécurité, débordée, tente de maîtriser la situation tandis que les joueurs regagnent le vestiaire. Les minutes se font longues, le Chaudron se vide et dévoile une bien triste image, lui qui a pourtant bouillonné jusque dans les derniers instants. Dans le couloir, présidents et corps arbitral s’interrogent. La rencontre, déjà suspendue dés les premières secondes après un fumigène déployée en tribune, s’éternise.

Pendant ce laps de temps, finalement interminable, médias et internautes se défoulent. Dans son live, L’Equipe juge le geste  comme une “provocation inutile” tandis que sur Canal +, Stéphane Guy se lance dans une incroyable tirade pour condamner la célébration du milieu offensif. Sur les réseaux sociaux, les parodies et les premiers “top” commentaires émergent. Certains s’amusent en qualifiant le geste d'”historique”, pendant que d’autres précisent qu’il s’agit là d’un étonnant manque de respect. Visiblement plus partial après-coup, L’Equipe sonde sa communauté à propos de l’affaire et les votes sont étonnamment partagés. 23% trouvent la célébration “innacceptable, irresponsable” alors que 28% qui considèrent qu’il est “normal d’exulter“.

La France, pas comme les autres

A la fin du match, sur RMC, Daniel Riolo tente d’analyse différemment la situation en précisant qu’il s’agit d’un derby et qu’il “doit pouvoir le faire”. Bruno Génésio, à son tour, explique que la célébration n’était pas forcément nécessaire, au vu du tableau d’affichage. Bref, dans un immense brouhaha médiatique, le monde du ballon rond oublie le score du match et ne rive ses yeux que sur l’image de Fékir, maillot en main. Sur les réseaux sociaux, le débat fait rage, avec plus ou moins de nuances et d’arguments. Dans le fouillis qui orne les publications Facebook, un commentaire se montre récurrent : “Pour Cristiano Ronaldo et Lionel Messi, tout le monde crie au génie, mais pour Fékir, les gens considèrent le geste lamentable”.

La justesse d’une analyse découverte sur les réseaux sociaux, visiblement ni lyonnaise, ni stéphanoise, s’avère être presque plus pertinente qu’une flopée de réactions en direct, à chaud, et décevantes. Certains en viennent même à tacler la “mentalité française”, encore une fois, sûrement à juste titre. Depuis un an, cette célébration, provocante à souhait, et c’est sûrement cela qui fait son charme, rythme la planète foot. C’est d’abord Lionel Messi, qui montrait la tunique blaugrana devant le Bernabeu, lors de la victoire 3 buts à 2 de son équipe en avril. Un geste auquel répondait Cristiano Ronaldo, fin août, lorsque les merengues rendaient la pareille à leurs meilleurs ennemis en Catalogne. Enfin, le dernier en date, Mauro Icardi, concluait d’une manière épique le derby milanais, dans son antre, maillot en main.

Auteur d'un doublé clinquant, Mauro Icardi a porté les interistes lors du derby milanais.
Auteur d’un triplé clinquant, Mauro Icardi a porté les interistes lors du derby milanais, s’offrant la célébration si polémique.

La ferveur du derby remise en question ?

A chaque fois, les images ont fait le tour de la planète, souvent en félicitant ces gestes qui font “la beauté du football”. Mais hier, Nabil Fékir s’est heurté à de lourdes critiques, peut-être pas par sa faute, mais sûrement par les conséquences qui en ont découlé. L’envahissement du terrain, la réaction des supporters : beaucoup ont trouvé regrettable qu’une si belle performance se conclue par un nouvel écart extra-sportif. Mais doit-on condamner, pour cela, Nabil Fékir ? C’est en tout cas ce que semble juger la commission de discipline de la Ligue, qui a invité le capitaine lyonnais à comparaître ce jeudi. Une décision qui a provoqué d’houleuses réactions de la part de la communauté football.

En demandant au milieu de l’OL de se justifier, la Ligue remet en question toute l’histoire d’un derby mythique. Deux jours auparavant, la tribune du centre d’entraînement des gones s’enflammait pour caresser la couleur de la rencontre. Les stéphanois, pourtant emprunts à quelques difficultés sportives cette saison, attendaient ce match avec impatience, cœur et passion. L’ambiance d’un Chaudron bouillant, un tifo génial, une rencontre tendue, étouffante : le derby du Rhône se place sans doute comme la seconde confrontation la plus attendue en France. Sûrement toujours derrière le Classique, bien que désormais moins emblématique, amputée de joueurs internationaux plus concernés par la coupe aux grandes oreilles que par la rivalité PSG/OM.

Né à Lyon, Nabil Fékir n’a jamais quitté la capitale du Rhône et sa périphérie. Depuis tout petit, son cœur vibre au rythme des derbys, des victoires, des désillusions. Alors qu’il évolue désormais sous le maillot blanc, bleu et rouge, qu’il porte le brassard de son club, et qu’il inflige une défaite historique au club qu’il déteste le plus en France, le tricolore a souhaité conclure la soirée dans une ultime provocation. Une bonne, une mauvaise chose ? La commission décidera ce jeudi. Mais le simple fait d’avoir convoquer le joueur en dit long.

Pour se réconforter, on se souviendra simplement que Cristiano Ronaldo avait été lui aussi rappelé à l’ordre pour des faits similaires il y a quelques années. Une mince consolation…

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