Carlos Tévez: Du désespoir à la résurrection, portrait d'un très grand homme.

Ancien renard des surfaces anglaises, et reconnu comme l’un des plus grands attaquants du moment, Carlos Tévez revient de loin, très loin. De Fuerte Apache à Turin, l’Argentin aura tout connu, que ce soit en termes de peurs, d’espérances, de joies et de gloires.

UNE ENFANCE Ô COMBIEN DOULOUREUSE

Le petit Carlos Tévez naît à Ciudadela dans le Grand Buenos Aires, le 5 février 1984.  Ce quartier, c’est l’un des pires d’Argentine, réputé pour son extrême violence et insécurité. Dans cette atmosphère, Carlitos connaîtra une enfance très difficile, ou les règlements de comptes sont une banalité.

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À l’âge de cinq ans seulement, Carlos assiste au décès de son père, voyant un gang fusiller ce dernier par balles. Cela engendrera un mal-être chez sa mère, et une dépendance de celle-ci à la drogue. Quelques semaines plus tard seulement, Tévez reçoit de l’eau bouillante sur le visage, ce qui lui vaudra une cicatrice des oreilles aux pectoraux, toujours présente et visible à l’heure actuelle. Sa mâchoire également brisée par la balançoire de sa sœur, lui donnera cette image malheureuse d’un garçon devenu homme, à la gueule atypique.

Ses blessures, ils ne les renie pas, et font partie de sa vie, de son parcours. «Mes cicatrices sont les témoignages de cette ancienne vie» explique t-il.

Dans ce quartier très pauvre, l’Apache (surnom donné en référence à Fuerte Apache, le quartier où il a grandi) se distrait comme il peut, la peur au ventre en permanence.

«Quand j’étais petit, je jouais avec des cailloux. Je n’ai jamais pu collectionner les figurines des joueurs, parce que j’étais trop pauvre pour m’en offrir. Enfant, j’avais peur d’être kidnappé. Je ne pouvais jamais sortir seul dans la rue, c’était trop dangereux. Le soir, c’était comme si on était à Beyrouth. On entendait des coups de feu, des cris, des pleurs, et en sortant le matin il y avait souvent des morts sur le chemin de l’école.»

Dès ses huit ans, il intègre le Club Atlético All Boys, équipe locale avec laquelle il participera à de nombreux tournois afin de gagner une modeste somme d’argent. Très rapidement, le grand Boca Junior s’émerveille devant les prestations du minot et essaye de l’enrôler. Les dirigeants de Carlos refusent, et celui-ci décide de porter le nom de ses voisins adoptifs, “Tévez“, laissant donc de côté “Martinez“.

À cette époque, Carlito perd son meilleur ami, Dario Coronel, qui se suicide à l’âge de 17 ans pour échapper à la prison. Un événement qui marquera et forgera à nouveau l’Apache.

Carlos Tevez Coronel

« Coronel avait tout pour avoir du succès, mais il a choisi une voie différente, celle de la criminalité. Il a fait un choix plus simple, ce n’est pas une question de chance. Je pense quand même à lui. C’était mon meilleur ami, on était 24h/24 ensemble. »

LE FOOTBALL POUR S’ÉVADER 

En Octobre 2001, l’enfant des bidonvilles rejoint Boca Juniors, un événement qui marquera le tournant de sa vie, et le lancera à part entière dans le monde du football.

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Son formateur de l’époque, Ramon Maddoni décrit le joyau qu’était Tévez« C’était un enfant différent, il avait de la technique du rythme et beaucoup d’agressivité. Il était extraordinaire. Il ne ratait pas un entrainement. Jamais. Il est loin maintenant, mais quand il passe par Buenos Aires, il vient me dire bonjour. C’est sans doute celui qui m’a le plus impressionné petit ». (Maddoni a également formé et découvert Cambiasso, Riquelme, Sorin, Gago, Placente, Coloccini, Jonas Gutierrez, c’est dire.)

Ses excellentes performances sous le maillot Bleu et Jaune lui valent d’être appelé en équipe nationale. L’année 2004, il est élu footballeur de l’année en Argentine, et rejoint les Corinthians en 2005 où il sera élu meilleur joueur, après une saison seulement. Le joueur d’1m73 épate tout son monde, et l’Europe commence sérieusement à s’intéresser à l’attaquant.

Carlos Tevez Corinthians

L’ANGLETERRE, SES TERRES DE GLOIRE

Le 31 août 2006, l’Argentin fait le grand saut. Au revoir les terres natales, et bonjour l’Europe, et plus particulièrement l’Angleterre, où il signe pour West Ham United. Les débuts sont compliqués, tant le changement d’atmosphère est important. Il y retrouve cependant un joueur qui deviendra un compère, un compagnon, Javier Mascherano, lui aussi Argentin.

L’arrivée d’Alan Pardew au poste d’entraîneur enlèvera tous les doutes de Tévez, et celui-ci deviendra l’attaquant phare des Hammers, permettant à son équipe de se maintenir en Premier League.

Carlos Tevez West Ham2

Une saison à West Ham, et bonjour Manchester United, où Sir Alex Ferguson en est le coach. En 2007, Carlitos signe en faveur des Red Devils, et remporte deux titres de champion d’Angleterre, une Coupe du Monde des clubs, et une Champions League. Malgré le succès, l’Apache redoute Dimitar Berbatov, et veut s’en aller.

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Redoutable et ayant le sang chaud, Carlos rejoint l’ennemi Manchester City en 2009, pour un transfert de 35 millions d’euros. Dès sa première saison sous son nouveau maillot, il inscrit 22 buts en championnat, et prouve à toute l’Angleterre qu’il n’a pas fait le mauvais choix en signant chez les Citizens.

Carlos Tevez City

Mancini lui fait confiance, et le nomme capitaine lors de la saison 2010/2011. Carlitos termine meilleur buteur de Premier League avec 20 buts, ex-aequo avec l’excellent Dimitar Berbatov, son concurrent de United. Ses statistiques sont impressionnantes, mais l’Apache doute et veut rentrer au pays. Après de nombreuses semaines ou il se sent mal à Manchester et une saison cauchemardesque, le joueur au mental d’acier effectue son retour avec les Citizens début 2012 et retrouve son duo avec Agüero. Leurs performances relancent la formation de Mancini dans la course au titre, et City sera finalement sacré Champion d’Angleterre.

Au total, Carlitos remporte de beaux succès avec Manchester City. Une Coupe d’Angleterre, un Charity Shield, et un championnat.

Le sud-américain pense avoir fait son temps en Outre-Manche, et rêve d’un nouveau challenge.

L’ITALIE, UN NOUVEAU PAYS POUR DE NOUVELLES AMBITIONS

Attaquant le plus redouté d’Angleterre, Tévez se tourne désormais vers le pays à la forme d’une botte, et plus particulièrement vers la Vieille Dame.

Carlos Tevez Juventus Série A

Le 26 juin 2013, il signe en faveur de la Juventus de Turin et hérite du numéro 10, qui appartenait quelques années auparavant à la légende Italienne, Del Piero. Accueilli comme un héros dans sa nouvelle ville, le neo bianconeri ne tarde pas à faire éclater son talent. Dès son premier match en finale de la Supercoupe d’Italie, il marque et participe à la victoire des siens face à la Lazio, remportant par la même occasion son premier trophée avec la Juve.

Carlos Tevez Supercoppa

Ses prestations sont convaincantes et son poste de titulaire est indiscutable. Excellente, la Vieille Dame se hisse en finale de la Champions League 2015 après un superbe parcours. Grand artisan des victoires Européennes de son équipe, l’Apache aura inscrit 7 buts dans cette fameuse coupe aux Grandes Oreilles. Malgré la victoire du FC Barcelone au terme d’une belle finale, la Juventus de Carlitos s’est montrée digne et puissante.

Sa combativité, Carlos Tévez la doit en partie à son mental d’acier. Tout comme son compagnon sud-américain Luis Suárez, Carlitos a connu une enfance douloureuse et extrêmement compliquée. Cela lui a donné le sang chaud et fait de lui un joueur hors norme. Avec aujourd’hui un palmarès grandiose, Tévez est conscient que cela était loin d’être gagné d’office.

«Je ne changerai mon enfance pour rien au monde, ça m’a aidé à devenir une personne droite et à savoir ce qui est vraiment important dans la vie. J’ai appris les règles de la rue, ça m’a montré comment être un homme.

Au départ, je pensais vraiment finir mes jours en ramassant des  cartons, mais heureusement le football m’a sauvé. Aujourd’hui, quand je vois les  types avec leur chariot, ça me révolte parce que j’aurais pu être à leur place. Sans le  football, j’aurais terminé comme beaucoup d’enfants de mon quartier, je serais mort,  en taule ou drogué quelque part dans la rue. »

Respect, et bravo champion.

Jean-Romans Gaudriot.

Carlos Tevez Boca Coupe

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