AS Monaco : quand Thomas Lemar est là, tout va !

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. On pourrait facilement utiliser cette citation de Lamartine pour souligner l’importance qu’a pris Thomas Lemar dans le collectif de Monaco depuis l’année dernière. Mais son absence se fait encore plus ressentir cette saison, tant il est devenu indispensable dans l’effectif de Jardim. Blessé déjà à deux reprises en septembre et en novembre (claquage tendineux puis blessure de l’épaule), l’ancien Caennais a loupé pas moins de sept matches de l’ASM ! Son absence a été très préjudiciable, notamment dans la fin de son parcours en Ligue des Champions. Depuis son retour, l’ASM reste sur trois victoires en trois matches, pour un but et une passe décisive du Français.

Monaco’s French midfielder Thomas Lemar (C) celebrates after scoring a goal during the French L1 football match between Saint-Etienne (ASSE) and Monaco (ASM) on December 15, 2017, at the Geoffroy Guichard stadium in Saint-Etienne, central-eastern France. / AFP PHOTO / ROMAIN LAFABREGUE
Monaco avec Lemar cette saison : 60% de victoires / sans Lemar’ : 33% de victoires / AFP PHOTO / ROMAIN LAFABREGUE

Bien que Monaco se soit fait dépouiller cet été suite à la saison monstrueuse réalisée l’année dernière, certains joueurs sont heureusement restés. C’est le cas de Thomas Lemar. Courtisé notamment par Arsenal ou Liverpool, le numéro 27 a fait le choix de continuer l’aventure Monégasque, et de confirmer les attentes placées en lui. Espérons qu’il reste sur le Rocher lors du mercato hivernal. Cela pourrait paraître risqué de tenter une aventure à l’étranger à moins de six mois de la Coupe du Monde.

Une patte gauche magique

Il n’a que 22 ans ! On aurait tendance à oublier qu’il est encore tout jeune tant il est devenu incontournable avec Monaco. Champion de France en titre, demi-finaliste de la Ligue des Champions, c’est logique qu’il soit appelé par Didier Deschamps. À un poste très concurrentiel chez les Bleus, le natif de Guadeloupe apporte un profil inédit en Equipe de France. Il peut largement prétendre à une place de titulaire. Paradoxalement, malgré son influence sur un terrain de foot et son emprise sur un match, Thomas Lemar reste assez timide en dehors.

Repéré par Philippe Tranchant, alors responsable de la formation au Stade Malherbe de Caen, le petit Lemar jouait à l’époque en Guadeloupe, au club de la Solidarité Scolaire. “J’ai observé ce petit bonhomme qui faisait une tête de moins que tout le monde, et qui était dix fois supérieur sur le plan technique, mais aussi tactique. Il se déplaçait merveilleusement bien, avec une motricité exceptionnelle. Et il n’avait que 13 ans.” Courtisé par d’autres clubs français, Thomas Lemar intègre finalement le club Normand deux ans plus tard, en 2010. Philippe Tranchant bénéficiant de la présence à Caen d’autres joueurs guadeloupéens comme Lenny Nangis ou Livio Nabab. Il inclue dans la boucle un autre talent local : Jordan Leborgne (aujourd’hui toujours à Caen).

Ses débuts sont assez difficiles, il doit s’adapter à son nouvel environnement. Sur le terrain également : initialement milieu défensif, Thomas Lemar est avancé d’un cran sur le terrain, afin qu’il puisse laisser éclater toute sa technique. Très introverti, il ne partage pas ce qu’il ressent. Philippe Tranchant le reconnait : “il a morflé, mais il n’a jamais rien dit, rien montré, et ça ne se ressentait jamais dans son jeu.

Quand le travail et le talent payent

Un an seulement après son arrivée en Normandie, alors qu’il n’est pas encore pro avec Caen, le petit Thomas est convoqué avec les U17 de l’Equipe de France. Il participe à l’Euro U17 en 2012 avec les Martial, Lenglet ou Jean, mais les Français se font éliminer dès les poules. À Caen, à force de faire ses gammes avec les équipes de jeunes, il signe finalement son contrat pro en mars 2013, à 17 ans. Il jouera avec l’équipe première à partir de la saison 2013/2014 !

Hasard ou coïncidence : il rentre en jeu en remplaçant Jérôme Rothen, dont il partage beaucoup de points commun (patte gauche délicieuse, Caen et Monaco). Patrice Garande : “il peut être dans le même registre que Jérôme, la vitesse et la percussion en plus.” Malheureusement pour Lemar, il ne joue que sept matches de Ligue 2 cette saison (pour une passe décisive). Mais le Guadeloupéen s’en accommode.

Jean-François Fortin (Président du SMC) se souvient : “Ça n’allait pas assez vite pour lui, mais il n’était pas non plus révolté“. La montée du club en Ligue 1 donne qui plus est raison à son entraîneur. Lors de la saison 2014/2015, il n’est pas souvent titulaire. Lemar se contente de bouts de matches, mais répond présent à chaque fois ! Anecdote assez révélatrice de l’état psychologique du joueur : lors de sa première titularisation avec le SMC, Lemar demande à sortir avant la mi-temps ! Il est victime d’une crise de tachycardie, le joueur se mettait trop la pression. Philippe Tranchant : “C’était surtout dû au stress. Les rapports avec Garande ne contribuaient pas à ce qu’il s’exprime pleinement. Il voulait désespérément jouer et il s’était mis une pression énorme“.

Monaco : l’éclosion au haut niveau

Il finit malgré tout cette saison avec 26 apparitions, pour un but et cinq passes décisives. La progression est en marche ! L’AS Monaco, flairant le bon coup comme toujours, achète le joueur à l’été 2015, contre quatre millions d’euros ! Côté Equipe de France, Thomas Lemar continue son ascension : U18, U19, U20. En Principauté, Thomas Lemar va apprendre aux cotés des meilleurs. Dans une très habile rotation instaurée par Jardim, le Guadeloupéen devient meilleur au fil de ses apparitions. Il marque lors de son premier match avec les Rouges et Blancs en août 2015 contre Toulouse !

Le coach Portugais l’utilise à bon escient : “mon objectif avec Lemar c’est qu’il joue bien, pas qu’il joue beaucoup. Il n’est pas encore préparé physiquement et mentalement à jouer quarante matches par saison. Lemar est un joueur de grand niveau mais il ne faut pas oublier que c’est seulement sa première saison.” Il est appelé dans la foulée avec les Espoirs Tricolores pour la campagne de qualification à l’Euro 2017. Mais les Bleuets, emmenés par une génération dorée (Tolisso, Rabiot, Dembélé,…) ne parviendront pas à se qualifier. Pour sa première saison sur le Rocher, Lemar aura disputé 34 matches (finalement pas loin des 40 matches dont parlait Jardim), pour cinq buts et autant de passes décisives !

De jeune espoir à titulaire indiscutable

Monaco finit troisième cette saison. Il est considéré par les supporters comme le meilleur joueur de la saison ! Rien que ça. La suite on la connaît : une saison 2016/2017 exceptionnelle. Débutée sur les chapeaux de roue, avec des prestations étincelantes, comme lors de ce match à Wembley face à Tottenham. Il est appelé par Didier Deschamps en novembre 2016, suite au forfait de Kingsley Coman. Au final, cette saison, à l’image de l’ensemble des joueurs de Monaco, aura été pour lui grandiose. 55 matches joués, quatorze buts inscrits et 17 passes décisives délivrées !

Courtisé par de très grands noms européens, Lemar ne souhaite pas laisser son club et partir du jour au lendemain. Il est bien éduqué et respectueux. Il prend le temps d’analyser les choses, et ne réagit pas comme un enfant. Son expérience lui a donné de la maturité. En espérant qu’il soit épargné par les blessures. Il pourrait être un grand artisan d’un bon parcours des Bleus en Russie !

Théophile Rémon

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