A la découverte : RB Leipzig, le taureau ailé allemand

Invaincu et co-leader du championnat avec le Bayern Munich après dix journées, le RasenBallsport Leipzig interroge. En Oberliga, cinquième division allemande, il y a de cela 7 ans, le petit poucet de la Bundesliga joue désormais les premiers rôles grâce à Dietrich Mateschitz, PDG Autrichien de la firme Red Bull. Partez à la découverte d’un club ambitieux mais impopulaire sur le sol allemand.

Objectif Ligue des Champions. Le 19 mai 2009 et après avoir essuyé plusieurs refus, le cofondateur de la marque Red Bull, Dietrich Mateschitz décide d’investir dans le club du SSV Markranstädt. Cette petite équipe de la banlieue de Leipzig, ville de plus de cinq-cent-mille habitants, n’est pas consciente du changement qui l’attend.
Mateschitz, l’homme de la situation
Obnubilé par sa marque, le businessman cherche à rentabiliser au mieux l’image des deux taureaux. Il se lance dans un premier temps dans les sports extrêmes et connaît un succès retentissent. Lui et sa fortune personnelle estimée à 13 milliards d’euros décident alors d’investir dans la Formule 1 avec la Scuderia Toro Rosso, le Red Bull Racing mais aussi dans le football, le sport le plus médiatisé du monde. Cependant les investissements injectés dans le Red Bull Salzburg en Autriche, le Red Bull New-York aux Etats-Unis, notamment, ne sont pas à la hauteur de ses espérances. La faute à une visibilité réduite.
L’Autrichien comprend alors qu’il devra s’impliquer dans les plus grands championnats d’Europe pour mener à terme son projet. Il jette alors son dévolu sur Leipzig. Deux avantages lui ont sautés aux yeux. Ce club est ancien grand nom du football allemand en RDA et a bénéficié d’un stade de 44 000 places, tout beau tout neuf à l’occasion de la Coupe du Monde 2006. Un détail qui a pesé lourd dans la balance quand on connaît les investissements nécessaires pour la construction d’un stade.

 
Le RasenBallsport Leipzig et non le Red Bull Leipzig (les instances allemandes interdisent le naming) change de visage, de nom, de maillot et de logo. Une véritable révolution marketing et sportive. En seulement sept années et avec l’aide de 100 millions d’euros, il est parvenu à faire monter Leipzig en Bundesliga. Une véritable performance pour certains, une évidence pour l’homme d’affaire Autrichien.
Des débuts réussis en Bundesliga
A l’image d’Hoffenheim lors de la saison 2008-2009, le RB Leipzig impressionne sur le plan sportif. Après dix journées, le petit poucet du championnat allemand pointe à la première place du classement à égalité de points avec le Bayern Munich et reste, avant la rencontre face au Bayer Leverkusen, la deuxième meilleure défense du championnat. Rien que ça.
Depuis sa première apparaition en Bundesliga, la formation entraînée par l’Autrichien Ralph Hasenhüttl, ancien coach d’Ingolstadt, s’est frottée aux grosses cylindrées du championnat et n’a pas été ridicule. Bien au contraire. Dortmund (1-0) ou encore Wolfsburg (0-1) sont venus se casser les dents sur cette nouvelle puissance allemande. A quelques heures de disputer une rencontre de haute volée face à Leverkusen, le co-leader reste sur une série de six victoires consécutives et “met la pression” au quadruple champion en titre munichois. Cependant ce succès sportif reste impopulaire auprès des fans Allemands.

La phase cachée du succès
« C’est un club commercial. Tout y est plastique. C’est l’illusion d’un club de foot. » Voilà le genre de remarque entendue au moment d’évoquer ce club. En effet, les supporters Allemands regrettent l’aspect marketing affiché par le RB Leipzig. Certains y voient une manière pour Dietrich Mateschitz de promouvoir la marque aux deux taureaux alors qu’il ne serait en aucun cas passionné par le ballon rond. Un sacrilège pour l’histoire du football allemand et pour Ute Lochner, auteure pour le club du VfB Stuttgart.

Si Red Bull arrêtait son soutien financier, ces supporters comprendraient que le football n’est pas qu’une question d’argent. C’est de la passion, lorsque vous frissonnez dans les tribunes en chantant pour votre club », a déclaré la photographe de 30 ans

Toute l’Allemagne proteste contre ce nouveau riche allemand. Deux exemples prouvent la haine développée depuis plusieurs années. En 2015, des supporters de l’Erzgebirge Aue ont déployé une banderole comparant l’actionnaire Autrichien à un nazi. “Un Autrichien appelle et vous suivez aveuglement, tout le monde sait comment cela se termine, vous auriez fait de bons nazis.” Des mots forts quand on connaît cette période sombre de l’histoire allemande. Plus récemment, des fans de Dresde ont tout simplement lancé une tête de taureau, symbole de la marque, tranchée au pied de leur tribune.


Malgré les bons résultats du club de Mateschitz, sa cote de popularité semble au plus bas. On ne voit pas comment, il pourrait inverser la tendance. Il lui faudra sans doute du temps, beaucoup de temps même pour un jour être accepté par le peuple allemand.
Thomas Pain

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